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Le monologue de l’apparole[1]
Jacques-Alain Miller
L’interprétation
la parole l’apparole
le langage lalangue
la lettre lituraterre
Je vous ai équipé la dernière fois de cette petite table d’orientation, faite de six termes, appariés deux à deux, et répartis en deux séries de trois. C’est un appareil, un petit assemblage.
Je peux vous dire d’où viennent ces six termes, pour autant que vous ne le sachiez pas. Je me le redis à moi-même.
La première série, verticale, est faite de trois termes empruntés à des titres de Lacan de la partie première de son enseignement. Vous connaissez Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse. Vous prélevez la parole, le langage. Vous connaissez aussi L’instance de la lettre. Les deux premiers sont les termes clés, fondateurs, de l’enseignement de Lacan, se présentant comme un retour à Freud et faisant travailler ces deux termes sur l’œuvre de Freud et sur le concept de la pratique analytique.
Sous le chef de L’instance de la lettre, quelques années plus tard, vous savez que Lacan a procédé à une réorientation qui a eu pour conséquence d’évacuer l’intersubjectivité de ses références et d’inscrire aux côtés des lois de la parole ces lois du langage que seraient la métaphore et la métonymie. Nous tenons avec ces trois termes des coordonnées essentielles qui conditionnent l’enseignement de Lacan et beaucoup de ce que nous en avons retenu.
Au regard de ces trois termes, j’en ai écrit trois autres, plus douteux, des sortes de néologismes, qui traficotent les mots du lexique. Ceux-là, je les ai empruntés au dernier ou à l’avant-dernier Lacan, celui qui réoriente son enseignement dans les années soixante-dix et lui donne un tour sensiblement distinct, et à tout prendre surprenant si on le réfère à ses commencements.
J’inscris ces repères pour indiquer que le nouveau tour que Lacan a donné à son enseignement dans sa dernière partie touche à des coordonnées fondamentales. Ce nouveau tour impose une nouvelle discipline, à laquelle il faut se rompre, en particulier si l’on essaie de déterminer le nouveau régime de l’interprétation analytique qu’il conditionne.
Je pourrais ajouter ici l’interprétation, avec un point d’interrogation.
Qu’est-ce que ça devient lorsqu’on touche à ces coordonnées fondamentales de départ ? Il faut suivre Lacan, qui, dans la direction où il s’est avancé, a été le seul.
Nous en sommes à essayer d’attraper quelque chose de la visée qui était la sienne, qui ne va pas sans détours, contradictions, et rend assez difficile de tisser un fil d’Ariane dans ce labyrinthe. C’est un petit plan du labyrinthe vu encore d’assez loin.
I
Essayons de peser – comme j’ai commencé à le faire la dernière fois – la gymnastique que nous impose de passer d’un des termes de gauche à un des termes de droite.
Partons – pourquoi pas du terme – le langage.
Qu’est-ce que le langage en regard de ce qui se dessine comme lalangue ? – dont j’ai illustré les possibilités la dernière fois par une référence à Michel Leiris.
Disons, comme souvent, des choses simples. Le langage, tel que l’aborde Lacan au départ de son enseignement, est une structure. Qu’est-ce à dire ? Un ensemble solidaire d’éléments différentiels, d’éléments diacritiques, relatifs les uns aux autres, de telle sorte que toute variation de l’un se répercute sur les autres et entraîne des variations concomitantes.
Cela fera un usage pour l’instant. Cela se tient, c’est serré, rigoureux. Cela n’a évidemment pas comme objet la plasticité de lalangue.
Il faut dire plus. Telle que Lacan la propose au début de son enseignement, la structure est par excellence la structure langagière. Lacan a commencé par formuler de l’inconscient qu’il était structuré comme un langage. Ce qui veut dire trois choses, au moins. Premièrement, l’inconscient est structure. Il ne s’agit pas d’un flou continu, indiscernable, ni non plus d’une réserve de choses hétéroclites, indépendantes les unes des autres, mises ensemble dans une sorte de sac. On y discerne des éléments, et ces éléments font système.
Deuxièmement, l’inconscient est langage. Ces éléments discernables sont ceux-là même du langage.
Troisièmement, l’inconscient est structuré comme un langage de Saussure. On y distingue le signifiant et le signifié.
Nous nous sommes formés, rompus, accoutumés à cet objet-langage, qui, lorsqu’on l’aborde comme structure, implique une suspension, et même une forclusion méthodique du facteur temporel, du facteur diachronique. La perspective prise sur l’objet-langage est essentiellement synchronie, qui suppose, lorsque c’est référé à l’histoire, que l’on pratique une coupe, synchronique. On s’occupe d’un état de ce que Saussure appelait la langue.
Cette perspective est aussi essentiellement trans-individuelle – synchronique et trans-individuelle. Cette définition du langage implique qu’il ait un Autre, qu’il soit corrélatif d’un autre concept, le concept de la parole qui, elle, est essentiellement diachronique et individuelle.
C’est saussurien, mais tandis que Lacan prend essentiellement sa référence au langage à l’œuvre de Saussure, il habille sa référence à la parole, et même il l’organise, l’ordonne comme parole de Hegel, foncièrement intersubjective, et donc toujours dialogique, marquée par la structure de dialogue – et cela même lorsqu’il superpose à son Hegel un certain usage qu’il fait de l’acte de parole selon Austin.
Quant à la lettre – je l’ai évoqué rapidement la dernière fois – qui désigne, au moins dans L’instance de la lettre, le signifiant dans sa structure localisée, elle introduit en regard de la fonction de la parole – qu’elle dévalorise de ce fait – la fonction de l’écriture, qui est tout à fait au centre de cet écrit de L’instance de la lettre.
La structure dont il s’agit conditionne un phénomène et un seul – peut-être est-ce beaucoup dire –, un phénomène essentiel, initial, et par là même déterminant pour ce qu’il peut aimanter. Ce phénomène essentiel est le phénomène du sens que L’instance de la lettre de Lacan rejette en position d’effet.
Ce ternaire – la parole, le langage, la lettre – a pour conséquence majeure que le phénomène essentiel ainsi conditionné est rejeté en position d’effet. À cet égard, la structure, comme Lacan en utilise le terme, c’est essentiellement la relation des signifiants entre eux, sous les deux espèces de la combinaison et de la substitution, le sens apparaissant comme effet de cette combinaison, de cette substitution, comme effet retenu dans la métonymie, effet positif, émergent, dans la métaphore.
Dans ces coordonnées-là – que je rappelle brièvement, solidement, pour assurer nos prises, avant d’accéder à une zone plus incertaine –, l’interprétation ne fait pas problème. Elle est affaire de signifiant. La question est de savoir quel signifiant doit être ajouté, apporté, injecté, par l’interlocuteur-analyste. Pour donner lieu à quel effet de sens, cela reste à déterminer. Mais la problématique de l’interprétation joue entre cette addition signifiante et la modalité spécifique d’effet de sens qui est attendue, et qui est diversement décrite dans l’enseignement de Lacan.
C’est là qu’il faut faire un petit peu attention. Surtout lorsque c’est très simple, bien discerné, bien placé, joliment disposé, structuré.
Structurer suppose de discerner, de bien placer les éléments les uns à côté des autres, dans les relations qu’il faut. Là, on se demande si c’est suffisant, convaincant, malgré tout l’appui que l’on peut trouver dans l’enseignement de Lacan à ce propos, de ne placer le sens qu’au bout de la chaîne, en position d’effet, comme on le trouve dans L’instance de la lettre. Il y a ici des signifiants qui se combinent ou se substituent, et puis – je simplifie – un certain effet de sens, qui ou bien se trouve retenu ou bien se trouve émergent.
Est-ce suffisant ? Est-ce que cela rend compte de ce qu’implique ce ternaire de départ ?
Eh bien, c’est trompeur de présenter les choses ainsi, de ne présenter le sens que comme un effet, alors que, de toute nécessité – nécessité que Lacan ne méconnaît pas du tout –, le sens est aussi bien initial, pas seulement terminal.
Il doit y avoir ici des personnes qui ont réfléchi sur ce que Lacan appelle son graphe du désir. On ne peut pas manquer de s’apercevoir de ce qui s’avoue en clair dans la construction de ce graphe, qui ordonne les éléments déterminés par le premier ternaire. Ce graphe est établi sur un schéma de communication.
Si complexe, si raffiné, varié, qu’il soit, ce n’est qu’une variation sur la communication intersubjective, une variation sur la structure de dialogue. Cette structure-là reste animée, à son point de départ – parce qu’il y a un point de départ, et un seul, fondamental –, par ce que Lacan lui-même appelle l’intention de signification. Cette machinerie, cet appareil – comme Lacan l’appellera lui-même au moment où il s’en séparera – ne fonctionne pas une seconde si fait défaut cette intention initiale de signification.
Qu’est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que l’énergie de départ, nécessaire au fonctionnement, à l’animation de ce graphe, est fournie par un vouloir-dire. Par quelque biais que l’on prenne ça, on ne peut pas se passer de ce vouloir-dire. Et la phénoménologie de l’expérience analytique, élémentaire, vient à l’appui.
Ce n’est pas la peine d’entrer si l’on ne veut pas dire. On croit vouloir dire, et quand on s’aperçoit, à l’intérieur, qu’on ne veut pas dire, qu’on se manifeste comme ne pas vouloir dire, eh bien l’analyste est là pour marquer que ce ne pas vouloir dire est tout de même un vouloir-dire. Essayez de vous en persuader.
Vouloir dire a une certaine matérialité – ce n’est pas une fiction –, une certaine évidence même. Cette évidence court dans l’enseignement de Lacan. Ce vouloir-dire se reporte sur le sujet, le sujet complet, le sujet barré, le sujet clivé, le sujet divisé. Le sujet veut dire. Et le sujet, complexifié par Lacan, multiplié, annulé, reste volonté-de-dire.
J’insiste lourdement. Il faut insister lourdement pour faire passer quelque chose dans la masse des commentaires, des signifiants, des signifiés, qui recouvrent tout ça. Je n’ai pas là le pied léger. J’arpente lourdement cette terre. Après, la marche commencera à être plus embarrassée, donc j’en profite pour étaler la question.
Sans doute, le sujet barré de Lacan n’est pas volonté de reconnaissance, comme il l’est tout à fait au départ. Quand l’essentiel pour Lacan est le rapport intersubjectif, le sujet est volonté de reconnaissance par l’Autre, désir de reconnaissance. Ce que Lacan questionne, et finalement réfute. Mais le sujet reste volonté de dire à l’Autre, avec un grand A – cela n’y change rien –, ou volonté de dire pour l’Autre, vers l’Autre, et même à partir de l’Autre – et cela même si cet Autre majuscule, tel que vient de le définir Lacan, n’est plus, lui, défini comme un sujet. Cela n’empêche pas que le sujet, qui parle, soit volonté-de-dire en fonction de cet Autre.
Le cœur de la fonction de la parole est donné par ce que j’appelle aujourd’hui la volonté-de-dire. La parole emporte toujours une stratégie qui enveloppe l’Autre, pour autant que le partenaire du sujet, qu’il y a toujours, est cet Autre majuscule. C’est sur ce bâti-là, qui met en place le sujet et son vouloir-dire dans la parole, et l’Autre, son partenaire, que peuvent se distinguer, par exemple, la demande et le désir.
Mais la parole, quand on part de ces prémisses, est toujours affaire de question et réponse. L’interprétation de l’analyste apparaît toujours dans cette configuration comme une réponse. Cette réponse interprétative, Lacan peut bien dire que, par excellence, c’est une question, c’est le célèbre Che vuoi ? Le Que veux-tu ? serait l’interprétation minimale, ce qu’une interprétation veut toujours dire, même lorsqu’elle trouve d’autres énoncés.
On peut très bien dire la réponse est une question, une question sur le désir. La formule Que veux-tu ? est une des formules spécialement proposée dans ce graphe, qui donnerait le texte minimal de l’interprétation analytique en tant qu’elle porterait sur le désir.
Il y a là une voie majeure, centrale, de la clinique qui se propose, et qui consiste à se demander à quoi la parole du sujet réduit l’autre, son partenaire, ou quelle figure de l’Autre le sujet a pour partenaire explicite, implicite, dans ce dialogue. Il y a vraiment une très large part de la considération analytique, de l’étude qui peut se faire des cas cliniques, même dans le cadre du contrôle, qui passe par ces évaluations-là. Je ne suis pas là pour dire – Ça ne marche pas, c’est de la frime. Je suis là pour marquer, au contraire, comment ça se tient, comment ça fait système.
La parole, celle du premier ternaire, est toujours prise dans une telle stratégie à l’Autre, toujours déchiffrable comme une stratégie du sens.
Prenons des exemples. Réfléchissons à partir de là. Que peut-on dire de la parole hystérique ? La parole hystérique est par excellence la parole analysante, dans la mesure où c’est la parole qui se fait énigme, qui s’offre à l’Autre comme à interpréter, qui nécessite de l’analyste comme partenaire. C’est vraiment dans le désastre moderne.
Allons encore dans ce sens. C’est la parole toujours insatisfaite du dit. Dans cette parole, le sujet éprouve dans l’insatisfaction, dans la souffrance, voire dans la culpabilité, l’impossibilité de dire le vrai sur le vrai, de dire toute la vérité. Il l’éprouve selon des modalités diverses, qui peuvent aller depuis la fatalité du mensonge jusqu’à l’agrément du jeu de rôle. D’ailleurs, ce n’est pas incompatible du tout, d’un côté de s’esbaudir du jeu de rôle, et puis tantôt de s’effondrer sous la fatalité du mensonge que cela emporte. Cette parole-là est bien celle qui donne sa place à l’interprète, et qui stimule cet interprète, qui le cause.
Que pourrait-on dire de la parole obsessionnelle en comparaison de celle-là, à partir de ces coordonnées ? C’est plutôt une parole qui assèche l’interprétation, qui fait taire l’interprète, et qui vise une certaine annulation de cette division subjective, donc une adéquation du vouloir-dire au dit. On pourrait dire, en forçant le trait, en caricaturant, que c’est une parole dont le message silencieux est toujours – Il n’y a rien à ajouter. En tout cas, l’Autre n’a rien à ajouter. La parole obsessionnelle est tout de même un certain bâillon mis sur l’interprétation.
Qu’est-ce qu’on dirait de la parole psychotique ? – pour continuer la galerie des grandes catégories. Là, c’est la parole qui prend elle-même en charge l’interprétation, au moins sur le versant paranoïaque, et qui se pose comme maîtresse du sens, jusqu’à pouvoir, dans la schizophrénie, en dénoncer le semblant social dans ses derniers retranchements.
Quant à la parole perverse – on lui fera peut-être une place à part plus tard –, disons qu’elle se moque du sens. Lorsqu’elle se déploie, pure, elle ne laisse pas beaucoup d’exercice à l’interprétation analytique.
Je fais ces petites vignettes rapides pour rappeler le terrain que l’on peut couvrir dans l’expérience analytique, l’étendue du compte rendu que l’on peut en faire, en considérant la structure-langage et son phénomène essentiel, le sens, même quand ce sens est baptisé désir. L’essentiel de notre clinique analytique se déplace dans ces coordonnées, avec bien sûr des variations, des oppositions internes. C’est là ce qui se déplace quand on va du langage à lalangue.
II
Lalangue, que j’ai commencé à illustrer, à évoquer, la dernière fois, ne paraît pas être une structure. Si la structure est ce que j’ai dit au départ, je n’arrive pas à dire – Lalangue c’est une structure. D’ailleurs, le mot que forge Lacan, en joignant l’article au substantif, est bien fait pour marquer que, là, les éléments que nous croyons discernables du langage ne le sont pas tant que ça. Et Leiris nous en déverse des exemples à la pelle. En tout cas, c’est très équivoque. Ce n’est pas sans rapport avec la structure, mais de là à dire lalangue est une structure, on recule. En particulier parce que lalangue n’est pas un objet découpé dans la synchronie. Elle comporte une dimension qui est irréductiblement diachronique, puisqu’elle est essentiellement alluvionnaire. Elle est faite des alluvions qui s’accumulent des malentendus, des créations langagières, de chacun.
Lacan prenait bien soin de marquer que les locutions que nous employons ont une origine précise, qu’on n’arrive pas toujours à déterminer. Lorsqu’on lit le Dictionnaire des Précieuses, on s’aperçoit qu’un certain nombre de leurs inventions les plus mirobolantes sont devenues pour nous partie de nos moyens d’expression communs. La marquise Untel a dit un jour – Le mot me manque. On a trouvé ça charmant, merveilleux – Ça c’est vraiment elle ! On l’a répété, et aujourd’hui c’est notre façon de dire. Cet exemple que prend Lacan a sa valeur, discrètement, de chambouler un petit peu l’objet-langage dans sa synchronie. C’est après tout beaucoup plus drôle de prendre la langue avec la contribution de la marquise Untel et du charretier de la place Maubert. Elle comporte une dimension diachronique, et une dimension, entre guillemets, «individuelle». Ce concept que forge Lacan ré-inclut ainsi l’invention de chacun comme apport à la communauté qui habite une lalangue.
Le phénomène essentiel de ce que Lacan a appelé lalangue, ce n’est pas le sens – il faut se faire à cette idée –, c’est la jouissance. Dans ce déplacement, cette substitution, c’est tout un panorama qui change, ce n’est pas une petite modification que l’on fait, que l’on glisse ici, et puis tout le reste ne bouge pas. Quand on touche à ça, c’est tout l’édifice qui s’écroule, en tout cas, qui vacille.
De là, on aperçoit mieux de quoi il s’agissait dans cette machine du graphe du désir. C’était – nous l’avons assuré par d’autres voies l’année dernière – une tentative de Lacan pour structurer la pulsion sur le modèle de la communication intersubjective. C’était une tentative prodigieuse, qui consistait à faire de la pulsion un mode de message, une demande sans sujet. C’est un message paradoxal, mais qui fait tout de même de la pulsion un mode de message. La demande est un mode du message, évidemment, avec un sujet absent ou éclipsé, ou qui n’est plus présent que par sa barre ou par son manque, mais une demande. En plus, cette pulsion est dotée d’un vocabulaire propre à elle dans ce graphe, que Lacan écrit en parallèle au trésor de lalangue. D’un côté le trésor de lalangue, de l’autre le trésor de la pulsion. C’est vraiment marquer que la pulsion est dotée d’un vocabulaire propre à elle. Il y a tout de même un message qui se dirige de l’autre côté et qui se formule en termes de pulsion, et puis ici un effet de sens, extrêmement particulier, mais un effet de sens, spécial, paradoxal, limite.
On s’aperçoit donc, du point que je vous invite à occuper, que Lacan est parti de la communication, et qu’il a structuré, modelé, la pulsion sur la parole. Il le commente longuement en définitive, parole et pulsion.
Faire ça, c’était sans doute faire sa place à la pulsion comme vouloir-jouir, mais toujours sous la domination du vouloir-dire. C’est fait avec une subtilité extrême, et pas sans fondement.
Là, je déshabille la princesse, et on voit que cela tient sur un principe simple, élémentaire. La princesse, c’est le graphe. On retire tout ça, et il reste l’organisation même, le squelette de la princesse. Et si on tire un peu trop, d’ailleurs, comme dans l’histoire d’Alphonse Allais...
On saisit là ce dont il s’agit quand l’apparole vient à la place du concept de la parole. L’apparole, ce n’est pas quelque chose que Lacan a dit souvent, une fois, deux fois à tout casser. Peu importe. Il est nécessaire de réélaborer le concept de la parole quand on vient aux extrémités que je viens de décrire.
La parole – la parole tranquille – dit toujours l’un et l’autre, même si l’autre devient grand Autre, suppose toujours question et réponse. C’est toujours une relation, un dialogue.
Or l’apparole est un monologue. Ce thème du monologue hante le Lacan des années soixante-dix – le rappel que la parole est surtout monologue. Je propose ici l’apparole comme le concept qui répond à ce qui se fait jour dans le Séminaire Encore, quand Lacan interroge de façon rhétorique – Lalangue sert-elle d’abord au dialogue ? Rien n’est moins sûr. Je dis que ce qui répond à cette remarque-là, cette interrogation – qui, avancée petitement comme ça, est de nature à faire s’effondrer l’ensemble du système –, c’est qu’il faut un nouveau concept de la parole, dans la mesure où lalangue ne sert pas au dialogue.
Avec le concept de l’apparole, l’ensemble de la référence à la communication s’effondre, ou au moins, au niveau où il s’agit de l’apparole, il n’y a pas de dialogue, il n’y a pas de communication, il y a autisme. Il n’y a pas l’Autre avec un grand A. L’apparole n’a pas pour principe le vouloir-dire à l’Autre ou à partir de l’Autre.
Dans le Séminaire Encore, Lacan évoque le terme de blablabla. Ce terme n’est pas dans le Robert, au moins dans l’édition que j’ai, mais il est listé dans le Dictionnaire de l’Argot de chez Larousse, que je vous recommande. Le blablabla – expression tout de même d’usage courant – est glosé comme bavardage creux et sans intérêt. Pour ce qui est de son origine, visiblement on n’en sait trop rien, on le dériverait de blaguer – une blague, ce n’est pas du tout un bavardage sans intérêt, c’est ce qui est intéressant dans la communication – ou de to blab, en anglais, qui veut dire jaser. On en trouverait l’usage chez Céline. Comme on ne réédite pas tout Céline, étant donné la signification de son blablabla qui n’est pas toujours du meilleur genre... Je n’ai pas le volume en question, 1937. En tout cas, pour moi, le blablabla, c’est répandu par Le canard enchaîné. Je crois que ce périodique avait, il y a quelques années, revendiqué la paternité de cette expression. Il faudrait faire une recherche savante sur le blablabla, son étymologie. Si quelqu’un ou la détient ou voudrait la faire, ce serait très bien venu. On dit aussi – c’est signalé par le Dictionnaire de l’Argot – le blabla. Lacan employait d’ailleurs volontiers l’expression blabla – seulement deux fois. C’est plus raffiné. Avec blablabla, il y a plus de blablabla sans doute, mais on a l’impression que celui qui parle se laisse entraîner lui-même par ce dont il est question et qu’il blablaté, justement. Tandis que blabla, c’est le minimum.
L’apparole, elle, n’a rien de phatique. C’est pourquoi, tout à l’heure, je la disais même autiste, dans un usage un peu rapide du terme. L’apparole, c’est ce que devient la parole quand elle est dominée par la pulsion et qu’elle n’assure pas communication mais jouissance. Ce qui répond à la formule que Lacan donne dans le Séminaire Encore – Là où ça parle, ça jouit. Cela veut dire, dans le contexte, cela jouit de parler.
Donc, il y a quelque chose à situer qui se satisfait de ce blabla-là, et qui se satisfait au niveau de l’inconscient.
Lacan a essayé d’avancer dans ce Séminaire Encore une conjonction radicale du ça parle et du ça jouit, c’est-à-dire de l’Autre lacanien et du ça freudien ou groddeckien. C’est la conjonction de ce qui, dans le graphe, est ici distingué – la structure du ça parle impose sa structure au ça jouit. C’est vraiment le mariage du pot de terre et du pot de fer. Le pot de terre de l’Autre est fracassé par le pot de fer du ça.
Apportons le commentaire qui s’impose. Trois commentaires.
Premièrement, quand il dit ça et qu’il le répète, ce n’est pas vrai. L’inconscient structuré comme un langage était fait au contraire, comme il dit – j’ai souvent cité cette formule de Fonction et champ de la parole et du langage, qui est vraiment un repère – pour désintriquer les techniques de déchiffrage de l’inconscient et la théorie des pulsions. C’était fait justement pour mettre la pulsion, ou l’instinct, de côté et bien isoler les phénomènes de sens. Donc, s’il le répète aussi souvent, de façon affirmative, c’est justement parce que ce n’est pas vrai.
Deuxièmement, qui peut dire à Lacan ce n’est pas vrai ? Les gens qui ne l’aiment pas. Ce n’est pas mon cas. C’est une réinterprétation de la formule initiale, une auto-réinterprétation créative. En effet, Lacan – on n’y voit que du feu –, avec un art extraordinaire, arrive à vous démontrer que cela peut aussi bien vouloir dire ce que cela ne voulait pas dire en 1953. Et il vaut la peine de suivre l’argumentation en détail, parce que cela nourrit justement des créations spécialement délicates et intéressantes.
Après tout, c’est facile de dire – Je me suis trompé. Ce n’est pas au niveau de l’erreur toutes ces questions. C’est facile de dire – J’oublie ce que j’ai dit, je commence quelque chose d’autre. C’est tout de même beaucoup plus fort de ne rien laisser derrière, de le reprendre, d’habiller la princesse de nouveaux atours après l’avoir déshabillée, et de montrer que maintenant, par exemple, c’est une républicaine. C’est ce que fait Lacan, et, dans le chemin, c’est beaucoup plus intéressant.
Troisièmement, quand il dit c’est ce que je dis, il suffit d’ajouter un marqueur temporel – C’est ce que je dis maintenant, quand je dis l’inconscient est structuré comme un langage.
L’interrogation de Lacan va jusqu’à mettre en question cet inconscient structuré comme un langage, et, de ce fait, il remet l’ouvrage sur le métier. On s’aperçoit que cela ne rentre pas exactement, qu’il faut parfois forcer un petit peu. En tout cas, cela signale que les fondements mêmes sont en question.
C’est ce qu’il amène comme la jouissance de la parole, l’Autre satisfaction, celle qui se supporte du langage et qui est distincte de ce qui serait la pure jouissance du corps non parlant.
Mais l’expression même de la jouissance de la parole, cela peut glisser sans qu’on voie la valeur à donner à l’expression. Des analystes orthodoxes – comme ils s’appellent – étaient prêts à mettre ça dans le registre de la pulsion orale. Ce n’est pas la valeur propre que donne Lacan à cette expression de la jouissance de la parole.
Il faut donner une valeur radicale à cette expression, à savoir la jouissance parle. La parole s’anime d’un vouloir-jouir. Ce n’est pas seulement la demande. On pourrait dire que la demande vise un besoin, une satisfaction, voire une jouissance, et donc qu’est déjà présent dans la notion de demande ce vouloir-jouir, mais un vouloir-jouir qui passe, qui est dominé, par le vouloir-dire.
La formule la jouissance de la parole, pour la mettre à sa juste place, il faut l’inscrire en regard de la formule Moi, la vérité, je parle. Voilà une formule qui appartient au contexte du premier ternaire. Dans le premier ternaire – les formations de l’inconscient, l’analyse par Freud du premier lapsus –, c’est ce que Lacan résume en disant – Moi, la vérité, je parle. La vérité parle, et elle parle Je.
Quand il évoque la jouissance de la parole, c’est la formule symétrique et opposée de celle-là. L’inconscient structuré comme un langage implique que la vérité parle, alors que, dans le contexte de lalangue et de l’apparole, c’est la jouissance qui parle.
Cela conduit d’ailleurs à une inversion des valeurs de la parole vide et de la parole pleine, tel que Lacan l’avait amené au début de son enseignement. La parole vide, c’est la parole creuse, et la parole pleine, c’est la parole pleine de sens – comme Marie pleine de grâce.
Peut-être peut-on, dans ce contexte, trouver très perplexifiant ce que j’ai mis sur la ligne du dessus, l’interprétation point d’interrogation.
Quand il s’agit du contexte de la parole, quand c’est la vérité qui parle, dans le lapsus, dans l’acte manqué, l’interprétation a sa place toute trouvée. Elle a pour but de faire surgir un effet de vérité qui, quelle que soit la façon dont on le modalise, contrarie l’effet de sens, de vérité, antérieur, qui s’ensuivait de ce que la vérité disait dans la parole du patient. Mais que peut-on bien faire de l’interprétation lorsqu’il s’agit de l’apparole ? lorsque c’est la jouissance qui parle ? Interpréter la vérité, certainement. Interpréter la jouissance !
III
L’apparole, d’où viennent ces deux p ? Ils viennent – je l’ai indiqué la dernière fois – du mot appareil. Lacan s’avance déjà dans ce sens dans le Séminaire Encore, lorsqu’il évoque les appareils de la jouissance par quoi la réalité est abordée. Il réduit d’ailleurs ce pluriel essentiellement au langage comme appareil de la jouissance, mais évidemment on pourrait aussi bien considérer le fantasme comme un appareil de la jouissance. Normalement, on ne considère pas que la réalité est abordée par les appareils de la jouissance. On considère que la réalité est abordée par les appareils de la perception, par les appareils de la représentation, par les appareils de la conscience. Ici, c’est par rapport à ça que Lacan formule que c’est abordé par les appareils de la jouissance. C’est abordé par tout ce qui sert à jouir. Nous pouvons nous arrêter un instant sur le mot appareil, instrument, engin. Mais il y a d’autres valeurs à appareil. L’appareil est un apprêt, ce qui est tout prêt. Le Robert dit c’est ce qui est sous la main. Cela fait penser à l’étant-sous-la-main de Heidegger, qui est l’ustensile, ce qui est dans la proximité. C’est ce qui a été arrangé, disposé, préparé à l’avance.
Ce mot d’appareil – il me plaît beaucoup – a un versant du côté du semblant et un versant du côté de l’utile.
D’un côté, l’appareil est le déploiement extérieur des apprêts, il est donc relatif à tout ce qui est la belle apparence, l’aspect, l’impression produite par l’ensemble de ce qui est là disposé. Donc, il y a toujours dans l’appareil magnificence de pompe, d’ostentation.
C’est plus délicat lorsqu’on évoque l’appareil simple. Pour nous, restent dans les oreilles, à partir de Racine, les mots de Néron pour décrire la passion amoureuse qui le saisit pour Junie. Ces deux vers sont comme le condensé de l’énoncé d’un fantasme – Belle, sans ornement, dans le simple appareil /D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil. L’appareil n’est jamais mieux évoqué que dans ces vers où toute la pompe, l’ostentation, est abandonnée. C’est au contraire l’appareil même de la surprise et de la nudité. Voilà un des versants de l’appareil. On a là vraiment le fantasme appareil de la jouissance.
De l’autre côté, il y a le versant de l’utile, puisqu’un appareil est un assemblage, un ajustage, un agencement, qui permet d’accomplir une fonction. Cet agencement forme une totalité, les éléments sont rassemblés pour servir.
Donc, il y a le versant semblant, avec toutes ses nuances, et puis il y a le versant utilitaire, fonctionnel.
Un appareil, c’est tout ce qui sert à quelque chose, et qui n’est pas simple. Ce n’est pas l’outil. Il faut qu’une certaine complexité forme l’appareil.
Moi je suis prêt à donner – je n’hésite pas – toute sa valeur à cette notation de Lacan, le langage, appareil de la jouissance. Je serais même prêt à construire le concept d’appareil comme un concept opposé à celui de structure.
Le langage est une structure, mais en définissant le langage comme appareil de la jouissance, peut-être va-t-on dans le sens de remplacer au niveau où il convient le concept de structure par le concept d’appareil.
L’appareil est un assemblage, mais un assemblage qui peut être plus hétéroclite que la structure, et surtout qui est puissamment finalisé. Une structure, cela se déchiffre, se construit, mais c’est un peu dans l’élément contemplatif. Il faut ajouter des choses comme l’action de la structure, pour que ça se mette à fonctionner. Tandis que l’appareil, c’est d’emblée branché sur une finalité, ici sur une finalité de jouissance, qui surclasse la soi-disant finalité de connaissance de la réalité. Donc, je voudrais bien considérer que le concept de structure appartient proprement au contexte défini par le premier ternaire, et peut-être aurais-je son pendant de l’autre côté avec l’appareil.
Donc, je situais comme difficulté la place de l’interprétation dans ce nouveau contexte, où il n’y a pas de place pour le dialogue, pour la communication intersubjective, même modifiée par l’introduction du grand Autre.
Le problème, c’est le pas-de-dialogue, le PDD.
Il y a là-dessus une indication de Lacan – je vous donne celle-là – qui pourrait aller pour aujourd’hui. Évoquant le PDD, le pas-de-dialogue, et voyant bien qu’une position absolue sur le pas-de-dialogue laisse l’interprétation sur le flanc, il indique – Le pas-de-dialogue a sa limite dans l’interprétation, par où s’assure le réel.
Comme j’ai dit, là nous suivons Lacan dans une zone qui n’est pas très balisée et où les circuits se croisent. Je me suis un peu cassé la tête sur cette phrase, en me disant qu’à un moment donné, elle pourrait me servir de boussole dans cette zone tout de même délicate, où l’on se laisse parfois emmener avec un peu de réticence quand on s’aperçoit qu’on est en train de descendre absolument toute la maison qu’on a construite.
C’est intéressant de prendre les choses comme ça. D’abord, c’est pratique. S’il n’y a pas de dialogue, il n’y a pas d’interprétation. Si on veut faire une place à l’interprétation, il faut pousser un petit peu le pas-de-dialogue. Ne prenez pas toute la place ! Autrement dit, il faut mettre une limite quelque part au pas-de-dialogue, ne pas être borné en se disant c’est fini, puisque de toute façon il se continue quelque chose comme l’interprétation.
Il faut une limite au monologue autiste de la jouissance. Et je trouve très illuminant de dire
– L’interprétation analytique fait limite.
L’interprétation, au contraire, a une potentialité infinie. On déguste l’infini de l’interprétation, et cela nourrit les bibliothèques. Tant que l’interprétation est du sens, il suffit d’un signifiant de plus, n’importe lequel – on peut le choisir avec discernement –, pour réinterpréter après coup.
Vous pouvez l’éprouver dans le commentaire de Lacan. Vous ouvrez le dictionnaire au hasard, et vous prenez un mot... les nombres entiers. Le nombre entier et la psychanalyse, on peut écrire là-dessus des kilomètres. Et puis, vous pouvez suivre l’actualité, qui permet une réinterprétation continuelle. Autrement dit, l’interprétation, quand elle est du sens, loin de faire limite, elle illimité. Ici, cela prend les choses tout à fait à contre-pente. Non seulement cela place l’interprétation analytique comme finie, mais cela dit, elle finitise. L’interprétation analytique finitise.
Ce que j’aime bien aussi dans l’idée l’interprétation analytique fait limite, c’est que cela place plutôt l’interprétation comme une butée que comme une relance, c’est-à-dire le contraire de ce qui peut être une pratique de l’interprétation. Il y a aussi dans cette phrase la notion que ce n’est pas le sens qui s’assure par l’interprétation, comme il serait normal dans le contexte du premier ternaire. C’est le réel qui s’assure par l’interprétation.
Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Qu’est-ce que Lacan vise avec ces trucs-là ? Lacan, à ce point-là, on n’est pas tout à fait sûr qu’il s’adresse à nous. On essaie de faire comme si, on essaie de faire qu’il s’adresse.
C’est pourquoi, lorsque Lacan introduit la notion de la jouissance de la parole, il fait une réflexion sur de dire, tout réussit, etc. C’est le même point de vue que ce qu’il énonce dans sa Télévision lorsqu’il dit – le sujet est heureux.
Quels que soient ses malheurs, au niveau de l’inconscient il est toujours heureux, c’est-à-dire la pulsion toujours fonctionne comme il convient, à la différence du désir.
Cela indique quelle pourrait être la place de l’interprétation analytique, en tant qu’elle interviendrait à contre-pente du principe du plaisir. Il faudrait formuler, dans la ligne de ce que suggère Lacan – enfin suggère ! lui devait avoir l’appareil de la chose, nous, nous sommes à le reconstituer –, que l’interprétation analytique introduit l’impossible.
Dans cette réussite pulsionnelle fatale – même au sein du malheur, ça marche, le sujet.
Cela a des conséquences si l’on prend les choses par là. Si l’interprétation analytique est ce par où s’assure le réel, alors elle est de l’ordre de la formalisation, si l’on admet que seule la formalisation mathématique atteint à un réel. C’est cela que Lacan explore.
Cela implique que, comme la formalisation, l’interprétation analytique se fait au contraire du sens. Lacan évoque même que l’on pourrait dire à contresens. D’ailleurs, l’équivoque c’est justement de prendre les choses à contresens.
C’est un mode un peu spécial de l’interprétation. Toute interprétation consiste à formuler ça veut dire autre chose, tandis qu’ici, la réduction au ça ne veut rien dire est à l’horizon. On pourrait même dire que, dans l’interprétation analytique, l’extraction du ça veut jouir passe par un ça ne veut rien dire, et que l’inconscient au contraire – c’est pourquoi on peut le méconnaître dans ce statut – masque ce ça veut jouir par le ça veut dire. Et donc, pour retrouver le ça veut jouir, il faut passer par le ça ne veut rien dire.
Cela implique encore autre chose, qui ne tombe pas mal, si cela peut se construire. C’est qu’à l’instar de la formalisation, l’interprétation, dans le second ternaire, est plutôt du côté de l’écrit que du côté de la parole. En tout cas, elle doit se faire à l’envi de l’écrit, dans la mesure où la formalisation suppose l’écrit.
Je suis à peu près au terme aujourd’hui. Je poursuivrai la semaine prochaine.
31 janvier 1996
1] Septième leçon de La fuite du sens (1995-96), L’orientation laçanienne, enseignement prononcé dans le cadre du Département de Psychanalyse de Paris VIII. Texte établi par Catherine Bonningue, et publié avec l’aimable autorisation de J.-A. Miller. On se reportera à la leçon précédente publiée dans Les feuillets du Courtil, ainsi qu’à deux autres leçons à paraître dans Quarto et Letterina Archives.