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Portraits de famille
Jacques-Alain Miller
Ce titre, «Portraits de famille», me vient de mes collègues, alors que nous cherchions ensemble à inventer un programme, à nous défaire un peu de la colle du cartel où, semaine après semaine, nous nous mettons d’accord – sur on ne sait pas quoi – à définir nos intérêts, à trouver à centrer nos interventions d’aujourd’hui, à leur donner des intitulés, et quand mon tour est venu, j’ai laissé mes collègues me donner mon titre.
Le poids des personnages familiaux
Ce titre est venu répondre à une remarque, parmi celles que nous échangions avec beaucoup de simplicité, que je faisais sur le poids des personnages familiaux dans l’histoire des passants – cela ne va vraiment pas chercher très loin –, sur le fait que ce poids arrivait à être rendu sensible à travers la transmission pourtant indirecte. Même la charge affective avait l’air de pouvoir se transmettre à travers le passeur – pour un certain nombre de ces personnages – et spécialement la présence du désir de la mère, l’incidence de son rapport à la jouissance, et, d’un autre côté, la détermination insistante reçue de la position du père dans l’ordre des valeurs. Et même, se vérifiait, dans l’accumulation de ces témoignages, cette dissymétrie entre, d’un côté, le désir de la mère et son rapport à la jouissance et, de l’autre côté, la position du père dans l’ordre des valeurs.
C’est souvent ainsi qu’une passe s’énonce, qu’elle arrive au cartel, comme l’histoire d’une famille, comme une suite de portraits de famille – parfois même complétée par une galerie des ancêtres. On vérifie régulièrement que, lorsqu’un secret habite la famille – et toutes les familles sont habitées par un secret, lorsque le rapport de filiation est obscur, ou qu’il est travesti, ou que, selon le passant lui-même, il est dévié, un peu désaxé, que cette torsion de l’entourage symbolique ne manque pas de retentir très loin dans la vie et dans l’analyse du passant.
Étant donné que le passant vient témoigner d’une solution de son désir, il amène nécessairement le problème que ce désir véhicule. Quand il postule l’entrée à l’École par la passe, il ne dit pas qu’il a terminé, il amène le problème, tel qu’il se le formule présentement, sans la solution. L’analyse ne suscite pas l’énoncé d’un problème, elle suscite la demande sous la forme de la plainte. La passe suscite l’énoncé d’un problème, et on peut dire qu’elle suscite la demande de passe. La demande suscitée par la passe prend la forme d’un problème, et éventuellement d’une solution.
Si on admet que la passe suscite l’énoncé d’un problème, et si on compare des passes, et malheureusement une part de ce qu’on appelle la clinique de la passe est faite de comparaisons – c’est une limite, malgré tout –, on constate que ce problème est volontiers formulé dans les termes des complexes familiaux. Il se découvre que le soubassement qu’on nous présente est très régulièrement le rapport des parents, ce rapport qui peut presque toujours être écrit, et que Lacan a écrit sous la forme typique de la métaphore paternelle. La passe suscite un énoncé du problème du désir dans les termes des complexes familiaux.
On vérifie toujours que toute modification du rapport typique énoncé par Lacan sous la forme de la métaphore paternelle se traduit par du symptôme, au point que la métaphore paternelle, telle que Lacan l’a énoncée, est la formule d’un sujet sans symptôme. C’est spécialement sensible, malgré la transmission indirecte – peut-être est-ce le hasard des séries qui a fait cela –, quand le désir de la mère déborde la prise du signifiant père. Cela ne veut pas dire que ce soit la seule modification du rapport typique qu’il y ait. C’est ce qui a donné l’idée de ces portraits de famille. Nous parlions des mères qui, dans la transmission qui nous parvient par la passe, semblent leur propre caricature – des mères inassouvies, décrites dans leur jouissance, tantôt puissamment vitale, jouissance bestiale, animale, et tantôt jouissance mortifiée, jouissance nostalgique, comprimée, attachée à adorer le défaut, la perte, le malheur.
En regard de cette puissance-là, c’est un fait – je parle sous le contrôle de mes collègues –, les portraits du père semblent bien pâles, en tout cas, beaucoup semblent lointains, marqués par la distance, éventuellement du respect, et certains marqués du sceau de l’impuissance. Et lorsqu’ils rayonnent, comme il arrive, on a toujours le sentiment que c’est, selon la théorie, via la mère, qu’il faut qu’elle y consente, et il arrive qu’elle retire alors sa jouissance dans un jardin secret où elle la cultive tentant parfois d’y retenir l’enfant avec elle. Les frères et sœurs sont là aussi dans ces histoires familiales, et, presque toujours, des fonctions leur sont très précisément distribuées, formant système, préférence et négligence pour tel ou tel enfant, qui marquent l’histoire du sujet – l’un voué à l’intellectuel, l’autre au manuel, l’un à la force, l’autre à l’esprit, l’un à la beauté, l’autre au travail ingrat.
C’est comme si la passe était ce coup d’œil rétrospectif, cette vue de biais qui tendrait à donner au fantasme du sujet le tour d’un véritable fantasme familial, d’un système de la famille, et si articulé que l’on peut même parfois repérer ce qui fait trou dans le discours du passant – le frère dont il ne parle pas, la grand-mère qui reste dans l’ombre, parfois le géniteur dont il n’a rien à dire.
Quel est le propre de la clinique de la passe ?
C’est un riche matériel, si l’on veut. Est-il distinct de celui que l’on recueille dans l’analyse ? La question est difficile. Il l’est sans doute, parce que l’analysant peut avoir évoqué d’entrée de jeu ce matériel familial pour le laisser derrière lui, alors qu’à entrer dans le dispositif de la passe, qui est une incitation à mettre en forme son problème, il est conduit à revenir à ce fondement familial de son existence. Il est conduit, en quelque sorte, à recontextualiser le problème de son désir, et donc à faire retour à la famille, qu’il peut dans son analyse éventuellement avoir laissée derrière lui.
Ce retour à la famille – pas le retour à Freud, le retour à la famille – est certainement induit par le procédé de la passe, qui fonctionne peut-être comme un véritable pousse-à-la-biographie. D’ailleurs, souvent les passeurs l’exigent du passant. Souvent ils exigent la biographie du passant et une certaine complétude biographique – et ne mettons pas la faute sur les passeurs, parce qu’ils peuvent y être très bien poussés par le jury –, des faits, des dates, une généalogie.
Une seconde histoire complète l’histoire familiale, en général, et c’est l’histoire de l’analyse – la rencontre avec l’analyse elle-même, avec l’analyste, dont les circonstances sont articulées à la vie du sujet. Se conjuguent alors et se mêlent sa vie durant l’analyse et les événements de l’analyse elle-même. Et lorsque le passant allègue de la solution qu’il aurait trouvée, ne lui demande-t-on pas d’apporter comme preuve à l’appui les transformations de sa vie, et s’il arrive qu’il y manque, alors les passeurs ou le jury ne manquent pas de s’interroger sur le point de savoir si la logique de la cure est passée dans la vie du sujet, et comment, quelle transformation elle a induite.
Très bien, très bien, mais est-ce là le propre de la clinique de la passe ? Faut-il s’enchanter de ce pousse-à-la-biographie et de cette refamiliarisation du fantasme qui est induite par notre propre demande de savoir ? De plus, le fait que nombre de passes ne prétend pas être plus que des passes pour l’entrée, c’est toute une partie du matériel clinique recueilli qui n’est pas si différente de ce que l’analyse enseigne. Et s’il fallait entendre par clinique de la passe celle du moment de la passe, avouons qu’il n’y aurait pas tant de matériel.
Faisons un effort supplémentaire. Là où le matériel abonde, au contraire, c’est celui qui concerne une clinique des obstacles à la passe. On a beaucoup, beaucoup de matériel là-dessus. Par exemple, dans des cas qui ne sont pas les moins intéressants, on observe des sorties d’analyse sous le coup de la première ou la deuxième révélation dans l’analyse. On voit des sujets se déclarer quitte au premier choc qui crève l’écran de leur cogitation, et le sujet prend son compte une fois parcouru le premier, le deuxième cycle de son analyse. Par exemple, sidéré par une révélation sur la pulsion anale, entrevoyant l’équivalence S et petit a sur ce plan, voilà le sujet qui s’évacue lui-même du même coup de l’analyse, et il reporte l’élaboration analytique qui fait défaut à ce moment sur la procédure de la passe elle-même. Plus d’une fois, on observe cette poursuite de l’analyse par d’autres moyens, par les moyens de la passe. Quand l’élaboration analytique cherche à se poursuivre dans la passe, rendons cela aux passeurs que, dans la règle, ils le sentent, eux qui sont analysants. On voit aussi, dans certains de ces cas, le savoir à extraire de l’expérience – dont on attend après tout que le passant l’extrait – rester totalement à la charge de l’Autre, le passant croyant qu’il suffit à cet égard de témoigner d’une surprise qui n’est parfois rien de plus que la surprise d’un acting out.
Avec tous les embarras que je fais dans cet exposé, qu’est-ce qui serait le propre de la clinique de la passe ? Je ne prétends pas le dire tout, complètement, ce propre, mais dire une toute petite chose là-dessus.
Un appareil incomparable
La passe est tout de même un appareil incomparable quand il s’agit de vérifier la permanence du fantasme à l’insu du sujet, et on constate que le passant démontre volontiers dans la passe le fantasme qu’il assure avoir traversé. Le plus démonstratif est peut-être la façon dont le sujet se place par rapport à la procédure, par rapport aux passeurs, par rapport au jury qu’il ne voit pas, et par rapport à l’École.
Pour essayer de me faire comprendre, je vais donner des exemples, dont je ne suis pas d’habitude prodigue.
Voici Alpha, le fils-à-maman devenu homme-à-femmes. Bercé dans son enfance par les cris de la mère adressés au père, et partisan de la mère, il fut tout impatient à montrer que les maris sont insuffisants à combler les épouses. Il en est sorti, dit-il. Il ne suffit plus qu’une telle ouvre la bouche pour dénigrer son mari pour qu’il se mobilise aussitôt. Il s’emploie à satisfaire la sienne d’épouse. Tout est bien. Il fait la passe. Tout est bien, faut-il le croire ? Et pourquoi s’évertue-t-il, dans la passe, à séduire l’École ? Et pourquoi, invinciblement, naît le sentiment, dans le cartel, qu’il traite l’École comme une Marie couche-toi là ? N’est-ce pas dans cette passe à la hussarde que se dénonce le fantasme qui l’anime, dont il ne s’est pas extrait.
Bêta, c’est une autre, qui conte l’histoire de sa mortification due à son identification à un frère mort embaumé dans le souvenir des parents, spécialement de la mère. Son analyse est sa renaissance. Il lui faut, pas à pas, se défaire de l’incube fraternel, et donc à la fois de la virilité d’emprunt qui inhibe sa vie amoureuse et de la mort qui corrompt incessamment sa jouissance. Tout est bien. Elle vit. Elle est femme. Elle fait la passe. Mais si tout est bien, alors pourquoi vient-elle à la passe si triste, si dépressive, que ses passeurs craignent pour elle ? La marque a-t-elle été effacée, ou seulement camouflée ?
Gamma parle depuis vingt-six ans. Il s’est supporté, pour ce faire, de trois analystes. Il ne s’est pas ennuyé une seconde. Les jeux du signifiant n’ont pas de secret pour lui. Aussitôt qu’il parle, les signifiants se condensent et se substituent à qui mieux mieux. Le signifiant le représente sans cesse pour un autre signifiant. Enfin le voilà qui s’arrête. Il en est surpris. Il veut le faire savoir. Il demande la passe. Il la fait. C’est fini, oui, mais voilà qu’il demande aux passeurs de nouveaux entretiens. Il leur téléphone. Il a encore trouvé quelque chose. L’ont-ils bien noté ?
Delta, elle, n’a aimé que son père, que ses frères. La mère, les sœurs, elle en parlait avec répugnance. Dans sa vie, elle ne valorise que l’homme, ne supporte pas les femmes. Néanmoins, elle est femme, elle le sait. Comment pourrait-elle s’en accommoder facilement ? Sa division la conduit à l’analyse. Elle isole son refus de la féminité. Il se réduit petit à petit. Elle est passée de l’autre côté. Elle demande à faire la passe. Voilà qu’elle fait la passe. Le hasard fait qu’elle a à rencontrer un passeur homme et un passeur femme. Chacun fait son rapport au jury. Elle apparaît bien différente à l’un et à l’autre. On s’aperçoit alors qu’elle aimait son passeur mâle et qu’elle a détesté son passeur femelle.
Epsilon a sa vie marquée par le secret. Sa famille a dû se cacher pour échapper aux persécutions. La vie scandaleuse d’une tante, de la mère peut-être, fait l’objet d’un embarras de tous les jours. Son désir reste marqué de ce trait de clandestinité, qu’on croit plutôt volontiers féminin. Ce qu’il doit faire au grand jour est pour lui de peu d’intérêt. Ça le gêne. Il se rend chez l’analyste en rasant les murs. Le manteau d’ombre dont il est recouvert s’use progressivement, s’ajoure, tombe en pièces, la chauve-souris n’a plus peur de la lumière. Il raconte dans la passe ce chemin vers la lumière. C’est très convaincant. Mais pourquoi ce flou, ce vague, ce style de réticence que relève les deux passeurs, ce style de réticence qui marque tous ses propos au point de faire penser qu’il voudrait passer sans payer, dans l’ombre ?
Enfin, Oméga, qui a toujours pensé qu’on voulait se débarrasser d’elle, et qui n’a pas manqué de bonnes raisons pour cela. Elle en a fait son fantasme, imposant le corset de ses significations à tous les éléments de sa vie. Elle s’exile de partout. La souffrance la fixe difficilement auprès d’un analyste, qu’elle choisit pour cette raison même qu’il porte un trait de l’exil. Elle retrouve une patrie, elle se fait à son mari, accepte ses enfants. Elle est contente, elle fait la passe. Mais pourquoi faut-il qu’elle dise qu’elle espère retrouver dans l’École de la Cause freudienne une nouvelle famille ? Elle cherche encore l’Autre qui l’adoptera. Elle est toujours l’orpheline.
La naïveté de la passe
Voilà, c’est la naïveté de la passe. Le déroulé même de la passe est susceptible de répéter le fantasme sous une forme qui le révèle. Le projecteur, ici, est mis sur le passant, mais le passeur aussi est évalué dans la procédure – le passeur qui est tout de même en première ligne celui à qui le passant s’adresse. Il ne vaut dans la procédure que si lui-même, le passeur – en tant que celui à qui s’adresse le passant –, se pose une question, la question de sa propre passe, que si le passeur est bien animé par la question de la passe. Il saura alors susciter le dit du passant et l’apporter comme une réponse possible au problème. Si le passeur est animé par la question de la passe, de sa passe, qui justifie normalement sa sélection, alors il pourra dire si cette réponse du passant vaut. Cela suppose aussi que celui à qui s’adresse le passeur, le jury lui-même, soit habité par la question de la passe. S’il croit tout savoir, ce jury, il bouche l’énonciation, et pas seulement s’il croit tout savoir, ce dont on se garde bien – croit-on –, mais même s’il veut tout savoir. Et puis, derrière le jury, il y a l’École. Que veut l’École ? L’École veut du savoir. C’est ce qu’elle consomme. C’est peut-être à elle, à l’École, que l’on pourrait dire cette parole de Lacan à propos du livre – Mange ton Dasein.
Débat
J-A. Miller a répondu en ces termes aux questions de l’assistance (résumé).
Le côté comique
J’ai mis en valeur le côté comique. Je n’aimerais pas passer pour quelqu’un qui rit du malheur des autres. D’ailleurs, je n’ai parlé que de gens qui allaient très bien, autant de passants témoignant justement qu’ils ne souffraient plus. Le pathos du malheur est pour eux effacé par l’analyse pour qu’ils se proposent à la passe. On répète que la structure de la passe est celle du mot d’esprit, c’est-à-dire de la troisième personne – on vous raconte une histoire, elle est tellement bonne qu’il faut tout de suite aller la raconter à un troisième pour qu’à son tour il partage le rire. C’est pour cela que je ne prodigue pas les récits cliniques, parce que, ramené à ses racines signifiantes, tout cas clinique est comique. Lorsqu’on est encore dans le pathétique, c’est parce qu’on n’est pas arrivé aux racines signifiantes du cas, qui sont toujours comiques, au sens où Lacan disait aussi le signifiant est bête, c’est-à-dire que l’on a toujours matière à s’esbaudir. On tombe toujours sur des équivoques, sur des mots d’esprit, sur des malentendus.
Expérience subjective de la passe et prise dans le fantasme
J’ai mis ici l’accent sur l’écart entre ce que ce sujet qui va bien, à son dire, affirme de lui-même et ce qu’il montre. On a noté à plusieurs reprises cet écart perceptible. Après tout, je n’ai pas dit si ces sujets avaient été retoqués ou acceptés. Je ne suis pas allé jusqu’à dire quel a été le destin pour chacun. Premièrement, je suis resté sur une forme purement interrogative, deuxièmement, un reste de fantasme n’est pas disqualifiant.
Néanmoins, discutons. On peut dire que les analystes ont aussi leur fantasme, que d’ailleurs on pourrait s’en apercevoir, que, d’une certaine façon, on ne peut pas se soutenir sans ces coordonnées-là. Moi, je pense que si la traversée du fantasme a un sens, c’est que le fantasme devient tout de même beaucoup moins déchiffrable. Si ensuite le sujet le réendosse, l’adopte de nouveau, on suppose qu’il le fait en connaissance de cause. C’est exigible dans la pratique. Ce qui a été là saisi dans la procédure du déroulé de la passe, c’était que ce n’était visiblement pas en connaissance de cause. Le sujet proclamait être dépris de ce dont il témoignait dans le même moment être pris. C’est évidemment susceptible de modalisation, d’atténuation. Il n’empêche que c’est tout de même là restituer à la passe son caractère d’expérience subjective. Jusqu’à maintenant, on apportait comme preuve que la passe est une expérience subjective le fait que le passant dit – Cela me fait de l’effet de faire la passe. Est-ce seulement par ce biais du passant que la passe est une expérience subjective ? Je dis non, dans la mesure où c’est interprétable. J’ai donné là un tout petit exemple de ce que justement la vérité ne se trouve pas dans les dits du passant, et d’une certaine façon la parole se démontre n’être pas identique à ce dont elle parle.
Fantasme éclairé ou traversé ?
On doit pouvoir faire une différence entre le fantasme éclairé et le fantasme traversé. Le sujet témoigne d’un moment où le projecteur s’est allumé pour lui sur le théâtre d’ombres, et cela fait disparaître un certain nombre d’ombres. C’est platonicien. C’est corrélatif de ce dont on parle dans les termes de chute des identifications. Une fois les ombres étant éteintes, on peut être enthousiaste, on voit autre chose, tout ce qui était bouché par cet écran. On comprend que cela suscite cet enthousiasme et non pas cette réticence, dans Platon, du sujet qui ne veut pas entrer dans la caverne. Les témoignages sont plutôt des lucidités sobres, quelque chose de lavé, plutôt la lucidité et la sobriété que l’enthousiasme.
Le problème du père inentamé
La clinique comparative est une plaie des comptes rendus des cartels depuis le début. On est poussé, puisqu’on voit défiler des passes, des comprimés d’analyse, à comparer. Il est certain qu’un des problèmes dans la psychanalyse, c’est le père inentamé. C’est ce que Lacan lui-même a dit quand il a commencé à entamer la figure de Freud. La question qu’il pose au début des Quatre concepts fondamentaux, c’est comment va-t-on entamer ce père ? Il a formidablement réussi à entamer ce père, mais lui c’est un sacré morceau. On a beau avoir entamé sa lecture, sur toutes les coutures, c’est vrai qu’on est sous le régime de comme Lacan l’a dit. Dans la passe elle-même, nous faisons cela sous l’égide de Lacan, parce qu’il l’a prescrit, pour vérifier ce qu’il a dit, etc.