Le réel du couple
Patricia Bosquin-Caroz
"Quarto n°109"
Cet article m’a permis de saisir deux notions précieuses dans la clinique : celle dû liens symptomatique dans un couple qui supplée au non rapport sexuel et la théorie du partenaire énoncée par Jacques-Alain Miller. – Sophie Gaillard
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Le réel du couple
Patricia Bosquin-Caroz
Dans Encore, Lacan affirme que la liaison symptomatique entre un homme et une femme supplée au non-rapport sexuel. Il rapporte la rencontre amoureuse à celle, chez le partenaire, « des symptômes et des affects, de tout ce qui marque chez chacun la trace de son exil du rapport sexuel »[1]. Le partenaire du sujet n'est donc pas l'autre sexuel comme tel. Dans son cours « Le partenaire-symptôme »[2], Jacques-Alain Miller souligne que Lacan nous introduit là à une nouvelle doctrine de l'amour qui passe par la façon dont chacun jouit de son inconscient, des mots qui l'ont marqué, de ses accommodements avec le non-rapport sexuel. Le rapport à l'autre est donc toujours médié et passe nécessairement, dans le meilleur des cas, par un symptôme. Dans la clinique, il s'agit dès-lors de se poser la question du partenaire de jouissance avec lequel le sujet joue sa partie. Nous illustrerons notre propos à partir de deux exemples empruntés à la littérature, Belle du seigneur d'Albert Cohen[3] et Une femme fuyant l'annonce[4] de David Grossmann.
Dès 1998, J.-A. Miller propose de penser et de formaliser d'une façon nouvelle ce couple fondamental de la paire amoureuse. Conçu jusque-là avec Lacan à partir de la question du désir ou de l'amour, le sujet du manque-à-être se complétait de l'objet aimé, substitut de l'objet perdu. Une telle conception du couple est parfaitement éclairée par l'essai de Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux[5], que l'auteur va jusqu'à qualifier de discours de l'absence.
« Le partenaire-symptôme », ponctuation inédite dans le dernier enseignement de Lacan qui rend compte de la question de la jouissance, ouvre quant à elle de nouvelles perspectives qui permettent d'appréhender les diverses modalités de liaisons symptomatiques dont le fondement n'est plus un manque mais une positivité.
À partir d'une « théorie des couples », J.-A. Miller déploie une théorie du partenaire qui prend appui sur une constance qu'il repère dans la conceptualisation lacanienne. Une forme se répète : celle de la réduplication ou de la division. Cette articulation en partie double, précise-t-il, circule du stade du miroir au graphe du désir et à « Position de l'inconscient » qui expose une double causation du sujet. De ce constat, J.-A. Miller dégage trois formes de couple qui jalonnent l'enseignement de Lacan : le couple imaginaire, le couple symbolique, le couple du désir, auxquelles il ajoute celle du couple libidinal dont la jouissance est au principe du lien symptomatique. Soulignons que chacune de ces formes sera supplantée, complétée, remplacée ou améliorée par la suivante, mouvement qui répond à l'impasse de la théorisation précédente en assurant une appréhension nouvelle des phénomènes cliniques.
Déclinaison
Le couple imaginaire a-a' se réfère au stade du miroir. C'est une articulation qui s'appuie sur l'image de l'autre formatrice du moi. Elle introduit l'altérité qui fonde l'identité à soi-même. Freud, avait déjà découvert la part narcissique que comporte tout amour de l'autre. Mais l'imaginaire constitue une impasse perceptible dans la clinique du ravage de la vie amoureuse quand le couple se replie sur son unité narcissique. Le film Le Chat de Pierre Granier-Deferre[6] est à cet égard paradigmatique. On y assiste à un huis clos haineux d'un couple de retraités, admirablement interprétés par Jean Gabin et Simone Signoret, dont l'équilibre vacille suite à l'introduction d'un intrus, le chat. Haine imaginaire sans issue, sauf à accéder au pacte symbolique. Lacan, a formalisé la voie de sortie de l'impasse imaginaire.
Dans son premier enseignement, seule la référence à l'Autre symbolique auquel s'articule le sujet permet un dégagement de l'identification imaginaire à l'autre toujours leurrante et mortifère. En effet, en ce qui concerne le couple imaginaire, J.-A. Miller précise que le concept central est l'identification ; tandis que dans le couple symbolique, c'est celui de la reconnaissance qui culmine dans la parole d'amour. Le « tu es ma femme » qui reconnaît l'autre est dite fondatrice dans le Séminaire Les psychoses[7] La reconnaissance symbolique vient donc ici supplanter la capture imaginaire, toujours aliénante. Remarquons que dans ces deux couples comme dans le suivant, le moi et le sujet vont chercher du côté de l'image de l'autre ou de la parole de l'Autre quelque chose qui les complémente. Le moi et le sujet étant tous deux affectés d'un manque.
Le couple du désir sur lequel vont converger les couples imaginaire et symbolique donnera la formule du fantasme, $<>a. a qui permet de concevoir la façon dont le sujet du manque-à-être va colmater sa faille en liant un élément du couple symbolique, le sujet barré, avec un élément du couple imaginaire, petit a. Ici, il ne s'agit plus d'un ordre supplantant un autre mais d'une liaison articulant deux registres hétérogènes (symbolique et imaginaire) accentuant davantage l'articulation du sujet et de l'autre.
Ces trois modalités du couple vont ensuite amener Lacan à construire le couple de la jouissance, le couple libidinal. Le petit a imaginaire du fantasme va se déplacer du côté du réel. Ce n'est plus le signifiant qui manque, ni l'objet fantasmatique du désir que le sujet va aller chercher dans l'Autre, mais quelque chose de sa jouissance, de sa part perdue de vivant.
Deux registres hétéroclites se conjoignent ici, le fonctionnement signifiant et la jouissance ou le corps libidinal vivant que Lacan tente de réunir dans « Position de l'inconscient »[8]. J.-A. Miller pointe le tour de passe-passe de Lacan pour rendre compte de la jouissance qui ne peut se concevoir à partir du seul fonctionnement signifiant. En effet, il transforme le pur sujet vide du signifiant en un être sexué qui subit une perte de vivant d'être mortel. Le sujet va alors aller chercher un plus de vie, un plus-de-jouir du côté de l'objet complément, des objets pulsionnels complémentant la perte de vie subie par son entrée dans le langage. Le couple libidinal reprend l'écriture du fantasme, mais l'objet a prend cette fois une valeur réelle. Le sujet en analyse aura à repérer l'objet pulsionnel privilégié auquel il a affaire au-delà de son partenaire amoureux. Sur ce point, la clinique de la passe est particulièrement enseignante. Ainsi, par exemple, une femme arrivée au terme de son analyse aura pu s'apercevoir que sa demande d'amour adressée à son partenaire n'avait d'autre but que de satisfaire son appétit vorace c'est-à-dire la pulsion orale qui la poussait à demander.
Malgré ce couple libidinal $ <> a (plus-de-jouir), poursuit J.-A. Miller, la séparation entre le registre de l'Autre et celui de la jouissance ne permet pas de construire le partenaire-symptôme. Seules les avancées du Séminaire Encore et sa nouvelle conceptualisation du signifiant rendront celui-ci concevable. Dans cette élaboration inédite, il n'y a plus d'opposition entre signifiant et jouissance du corps, mais une connexion entre signifiance et jouissance, le corps de l'être parlant étant foncièrement dérangé par le signifiant. En amenant cette formalisation du partenaire-symptôme, J.-A. Miller argumente ce qui l'autorise à une telle élaboration. Ainsi, il précise : « On peut considérer la jouissance sous sa face de jouissance du corps et on peut la considérer sous sa face jouissance du langage, jouissance du signifiant, mais sans jamais oublier que ce ne sont que deux faces de la jouissance comme telle. Il n'y a de jouissance du corps que par le signifiant, et il n'y a de jouissance du signifiant qu'en tant que l'être de la signifiance est enraciné dans la jouissance du corps. Jouissance du corps et jouissance du signifiant sont connectées, ce sont deux aspects de la même chose. Il n'y a pas pour l'être parlant de jouissance avant le signifiant. »[9]
Cette conception du signifiant connectée à la jouissance du corps — distincte de la première conception lacanienne du signifiant mortifiant la jouissance (ou la supplantant) amène Lacan à substituer le parlêtre au sujet. L'être qui parle et est parlé va se substituer au manque-à-être, condition du sujet divisé. Il implique le corps marqué par le signifiant qui l'a percuté, tel que l'a promu J.-A. Miller dans ses derniers cours. Si le statut du signifiant change, le statut de l'Autre change aussi. À la paire sujet/Autre va se substituer la paire parlêtre/partenaire-symptôme. Si le parlêtre est affublé d'un corps sexué, celui auquel il est lié doit aussi en avoir un. Comme le dit J.-A. Miller, on ne couche pas avec le grand Autre comme lieu symbolique.
Ainsi, la notion de partenaire-symptôme implique un couplage du parlêtre non pas avec un autre parlêtre, mais avec le mode de jouir de celui-ci. Autant le sujet et l'Autre peuvent faire couple dans un rapport signifiant, linguistique, autant deux corps parlants ne peuvent faire couple sans un symptôme comme mode de lien. L'incidence du non-rapport sexuel nécessite la liaison symptomatique. Le symptôme fait couple, dit J.-A. Miller. Entre l'homme et la femme, il y a le symptôme. La relation de couple au niveau sexuel suppose que l'Autre devienne le symptôme du parlêtre, moyen de sa jouissance. Dans son cours « L'Etre et l'Un »[10], J.-A. Miller radicalise cette thèse et arrache le symptôme à l'Autre du sens et de la vérité pour en faire un événement de corps et le ramener à la racine autistique d'un corps qui ne cesse de jouir du signifiant tout-seul qui l'a percuté. Dans cette perspective, l'autre n'est que le moyen, l'instrument de ma jouissance, toujours auto-érotique et le partenaire-symptôme est, pour chaque sexe, son moyen de jouissance.
Dans Encore, Lacan répartit le côté homme et le côté femme de la sexuation[11]. Du côté homme, le partenaire-symptôme est localisé dans le petit a fétiche causant le désir masculin. Côté femme, il concerne l'Autre, en tant qu'il parle. Aussi, le partenaire de la femme a un caractère illimité prenant la forme d'une demande d'amour absolue, infinie, non bornée. À partir de a L'Être et l'Un », on pourrait avancer que la formule du fantasme constituerait la matrice masculine et donc normative du couple, qui n'est pas seulement l'apanage du sexe masculin, tandis que la percussion du corps par le signifiant tout-seul qui conditionne un mode de jouir singulier de l'inconscient, relèverait de la logique féminine du pas-tout, hors-norme en son principe.
Du fantasme au symptôme
À cet égard, distinguons dans deux romans deux modalités de faire couple, l'une prenant essentiellement appui sur le fantasme masculin, toujours précaire, et l'autre s'appuyant sur un symptôme singulier qui donne au couple son assise.
Dans Belle du Seigneur d'Albert Cohen, Ariane va s'échiner à maintenir inentamée l'image d'un couple autosuffisant, exclusivement narcissique et essentiellement fondé sur la brillance de l'image phallique. La rançon est radicale, l'exigence d'amour toujours plus totale est condition de la survie du couple. L'image de chacun doit elle aussi rester intacte, sans faille, tant celle de la Belle que celle du Seigneur. Le temps est immuable, l'image indélébile. Chacun se suffit de l'image parfaite de l'autre dans laquelle se réfléchit la sienne. Ariane et Solal ne cherchent pas à faire exister un symptôme qui pourrait faire lien entre eux et suppléer au non-rapport sexuel. La Belle fait couple avec l'image immortelle du Seigneur, qui pourtant, voudrait être aimé pour autre chose que sa beauté et son prestige éphémères. Haut fonctionnaire de la Société des Nations, Solal dissimulera son être juif et cachera à sa bien-aimée son inéluctable mise au ban dans l'Europe d'avant-guerre aux prises avec l'antisémitisme. On pourrait dire que Solal ne prend pas le risque de la castration qu'un amour réel implique. Il ne cède pas sur le leurre phallique que lui reflète le miroir d'Ariane et renonce à être aimé dans sa singularité. Quant à Ariane, vouée à incarner la Belle, elle tente de conjurer le non-rapport en s'épuisant dans des mises en scène quotidiennes voulant infinitiser l'ineffable instant de voir du premier jour de la rencontre amoureuse. Elle se donnera beaucoup de mal pour ne pas bousculer le désir masculin fondé comme on le sait sur la fétichisation de son objet et qu'elle va faire consister. Les bains d'Ariane sont une activité en soi et la préparation de son corps à l'amour ferait pâlir l'esthétisme contemporain. C'est qu'Ariane ne veut rien savoir de l'objet qui divise réellement son amant. Elle cherche à tout prix à maintenir les semblants jusqu'à l'absurde. On connaît la fin de l'histoire. Le malentendu est total entre les sexes et le couple voué à sa perte se consume dans la mort.
Un autre portrait de femme, donc de couple se dégage de la lecture du livre de David Grossman, Une femme fuyant l'annonce. À la différence de la Belle du Seigneur qui s'évertue jusqu'à sa perte à satisfaire le fantasme masculin, Ora, tout en parlant, va faire exister un symptôme qui va lier à jamais les amants : l'amour d'un enfant sur fond d'une mort annoncée. Israël, la guerre sont des noms de l'impossible autour desquels pivote le récit et auxquels le style de l'auteur donne forme. Les mots se cherchent, se bousculent, se pressent et finissent par se resserrer autour du trou de l'absence comme pour mieux le cerner. À partir du pressentiment de la perte de son enfant, Ora, figure essentiellement féminine du roman, fait alors exister la maternité et par elle la paternité ; la féminité et l'amour. En fuyant l'annonce, son intolérable attente, et en parlant à un homme, ami, ex-amant et père de l'enfant, elle cherche à conjurer le pressentiment de la mort. Par son acte, elle objecte à l'ordre du monde auquel elle appartient. Grâce au maniement constant de la parole, telle une Schérazade des temps modernes, elle tente de garder en vie son fils parti à la guerre. Dans le même mouvement, elle arrache celui qui fut son amant à la maladie de la mort qui l'habite depuis l'expérience d'une guerre qui l'a anéanti. Entre eux, le temps a fait son oeuvre. L’image des corps est abîmée. Les blessures de la vie ont marqué chacun à jamais. La guerre a ravagé les âmes. Elle s'est imposée et a fracassé l'idéal familial et conjugal des protagonistes.
Dans ce roman, c'est une femme, Ora, que David Grossman fait parler, et par son truchement il fait sourdre la vie de la pulsion de mort. En fuyant la mort annoncée de son enfant, elle refuse de le sacrifier à sa patrie. Sur ce point, l'auteur avait d'ailleurs confié dans une interview accordée au journal Le Monde, que seule une femme pouvait agir de la sorte. « Les femmes sont plus sceptiques que les hommes à l'égard des pouvoirs et des croyances. Pensez à la Genèse, lorsque Dieu s'approche d'Abraham et lui dit : «Prends ton fils unique, Isaac, emmène-le sur le mont Moriah et sacrifie-le!» Dieu est intelligent, il est venu voir Abraham, pas Sarah. Sarah l'aurait fichu dehors. Tandis qu'Abraham prend son âne et son fils et s'exécute sans hésiter... »[12]
Par le truchement du personnage d'Ora que l'auteur fait parler sans cesse, il touche à cette Autre dimension que Lacan note S A, celle qu'il situe au-delà de la prison du fantasme. Ici, la fiction rend compte de la dimension réelle de l'amour qu'un nouage inédit a rendu possible. Ora et Avram prennent appui sur l'impossible rapport sexuel pour aller à la rencontre de l'autre et avec leurs mots vont faire exister la langue singulière du symptôme qui va les lier. Chacun est affecté par la langue de l'autre. Celle d'Ora percute Avram qui, en retour la fait exister comme femme au-delà de
la mère qu'elle est. De son côté, Ora en parlant va faire advenir chez Avram le père de l'enfant qu'il n'a jamais vu ni reconnu. La liaison par la voie symptomatique a lieu. La conversation est infinie. Elle parle de l'enfant, d'abord tout en sourdine. Il se laisse faire et ne la fera plus jamais taire. Le symptôme « Ofer » se constitue et va lier ce couple à jamais au-delà du réel de la mort. La rencontre a eu lieu entre eux de ce qui chez chacun a marqué l'exil du rapport sexuel.
Homme ou femme, chaque un peut s'avancer au-delà de l'Œdipe, au-delà du leurre phallique et de l'impuissance à dire pour tenter de faire avec l'impossible de la mort et de la vie et du non-rapport. C'est ce que l'expérience de la passe nous enseigne et ce dont l'œuvre de David Grossmann témoigne de façon exemplaire.
Patricia Bosquin-Caroz est psychanalyste à Bruxelles. Ce texte est paru initialement dans les Papers préparatoires au congrès de l'AMP 2014.
[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore [1972-1973], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1975, p. 132.
[2] Miller J.-A., « Le partenaire-symptôme » [1997-1998], enseignement prononcé dans le cadre du Département de psychanalyse de Paris VIII, inédit.
[3] Cohen A., Belle du Seigneur, Gallimard, 1968, troisième volet d'une tétralogie commencée en 1930 : Solal (1930), Mangeclous (1938), Les Valeureux, (1969). Porté au cinéma en 2012 par G. Bonder.
[4] Grossmann D., Une femme fuyant l'annonce, Paris, Seuil, 2011.
[5] Barthes R., Fragments d'un discours amoureux, Paris, Seuil, 1977.
[6] Granier-Deferre Pierre, Le Chat, transposition cinématographique d'un roman de Simenon, première sortie en France en avril 1971.
[7] Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les Psychoses [1955-1956], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1981.
[8] Lacan J., « Position de l'inconscient » [1966], Écrits, Paris,
Seuil, 1966, pp. 829-850.
[9] Miller J.-A., « Le partenaire-symptôme » [1997-1998], enseignement prononcé dans le cadre du Département de psychanalyse de Paris VIII, leçon 17, inédit.
[10] Miller J.-A., « L'Orientation lacanienne, L'Être et l'Un », [2010-2011], enseignement prononcé dans le cadre du Département de psychanalyse de Paris VIII, inédit.
[11] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, op. cit, p. 73.
[12] Le Monde.fr, édition abonnés. Le monde des livres, 25 août 2011. David Grossman et le fils éternel.