Interpréter la psychose au quotidien
Eric Laurent
"Mental n°16"
« Pour venir voir l’analyste, il faut avoir éprouvé dans son existence quelque perplexité (…) moment où le sujet se sera éprouvé comme séparé de l’Autre ». Dans ce formidable article, Éric Laurent fait entendre ce qu’est l’interprétation – et pas seulement dans la psychose : « Il ne s’agit pas de réanimer la chaîne signifiante S1-S2 – au nom d’une théorie dénotative de la Vérité qu’il n’y a pas – mais de viser « la paire ordonnée (S1-a) ». « Couper dans le flot signifiant (…) obtenir le “c’est cela“ »… Voilà pourquoi « le lieu de l’Autre est magique – et pourquoi cet article nous enseigne (!) : il est toujours possible qu’un élément nouveau surgisse, alors qu’il n’y est pas. » - Jean-Noël Donnart
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Interpréter la psychose au quotidien
Éric Laurent
Dans l'orientation lacanienne, l'interprétation se place dans une tension entre deux pôles de son exercice. D'une part, elle est l'activité la plus libre du psychanalyste. « Interprète de ce qui m'est présenté en propos ou en actes, je décide de mon oracle et l'articule à mon gré, seul maître à mon bord après Dieu, et bien entendu, loin de pouvoir mesurer tout l'effet de nies paroles, mais en cela justement averti et tâchant à y parer, autrement clic libre toujours du moment et du nombre, autant que du choix de mes interventions, au point qu'il semble que la règle ait été ordonnée toute entière à ne gêner en rien mon faire d'exécutant... » [1]. D'autre part, elle est régie par des règles strictes. « Nous nous épargnerons de donner les règles de l'interprétation. Ce n'est pas qu'elles ne puissent être formulées, mais leurs formules supposent des développements que nous ne pouvons tenir pour connus... »[2]. Ces deux aspects du rapport de l'interprétation et des normes peuvent se nouer dans une proposition qui formulerait que l'interprétation est sans standard, mais pas sans principes. Le principe s'énonce: il n'y a pas de métalangage. Ce principe vaut spécialement pour la psychose au quotidien.
Il n'y a pas un niveau qui serait un langage objet — le matériel — et le niveau de l'interprétation qui serait d'un niveau distinct et qui serait appliqué sur le segment de « matériel ». On peut concevoir toutes sortes de formes de cette application. Cela peut être un long segment de « matériel » et une petite interprétation ou bien une interprétation aussi extensive que le «matériel ». Quoi qu'il en soit, dans une conception de ce genre, les deux niveaux sont soigneusement distincts. Cette conception de l'interprétation, appliquée à un langage objet est la plus répandue dans les orientations psychanalytiques.
Nous en avons un exemple dans le livre ultime publié par Kohut, How does psychoanalysis cure?[3] Dans son sixième chapitre, Kohut opposait la conception kleinienne de la psychanalyse, spécialement dans sa variante argentine, à sa théorie du self. Il voulait opposer deux façons de formuler une interprétation : soit dans la langue kleinienne, soit dans la langue de la self-psychology. Robert Wallerstein tentait de fonder l'éclectisme de l’IPA, ce qu'il appelait ses différentes langues de l'interprétation, au Congrès de l'IPA de Montréal en 1987, de manière à la fois théorique et épistémologique, en affirmant qu'on ne doit considérer ces différentes langues ni en termes d'exactitude, ni en termes d'inexactitude, tourment introduit par l'article de Glover[4] en 1930, ni en termes de profondeur ou de surface, mais qu'on doit les appréhender en termes de métaphore.
Ce terme de métaphore est issu de l'appropriation des travaux de Lacan dans les années 70 par la psychanalyse de la côte est des États-Unis. Pour la psychanalyse, le vecteur en a été la revue Psychoanalytic Quarterly. Cela rejoignait certaines préoccupations épistémologiques dans la philosophie, comme celles de W.V.O. Quine et le pragmatisme radical de Richard Rorty.
La position de Wallerstein était que les langues interprétatives qui font appel à des théories de haut niveau d'abstraction (celles qui concernent le sujet, l'objet, le but, etc.) sont des métaphores. Le fonds commun, la référence, c'est la théorie clinique, minimale, de faible niveau d'abstraction. On interprète les faits cliniques dans des langues différentes, et toutes sont des métaphores. C'est un modèle épistémologique assez simpliste, qui part d'un point de référence assuré mais toujours accessible, le common ground qu'est la théorie clinique. Métaphore veut dire qu'il y a là un signifiant, qui se traduit dans des langues différentes, toutes renvoyant au même point. C'est à cela que va répondre en 1991, Horacio Etchegoyen, considérant cette position dangereuse.[5]
Pour lui, une interprétation vraie n'est pas une métaphore qui renverrait à une théorie clinique, même de faible niveau d'abstraction. Une interprétation vraie renvoie à un réel. Selon ses termes, «il faut qu'elle rende compte d'une réalité psychique qui existe à ce moment-là dans l'inconscient du patient ». C'est une proposition du type : « La phrase "P" est vraie si et seulement si P est vrai ». Etchegoyen soutient que l'interprétation est vraie si et seulement si elle décrit exactement ce qu'il y a dans la tête du sujet au moment où elle est faite.
C'est tout le problème d'une théorie de la vérité qui s'affirme correspondance entre le moi inconscient et la réalité. C'est construire une instance, même si on la qualifie de moi inconscient, comme lieu de ce qui donne l'adéquation sans reste de la pulsion et du signifiant. Dire qu'il y a un lieu où quelqu'un a quelque chose dans la tête, c'est s'opposer à ce dire selon lequel la pulsion est acéphale. Cette conception d'une réalité psychique comme lieu où on pourrait faire l'inventaire de ce qu'il contient implique une topologie séparant le dedans et le dehors par une limite stricte. Elle s'oppose à la topologie lacanienne du sujet et de l'Autre régie par l'extimité.
La critique positiviste logique
de l'interprétation comme métaphore
Au chapitre VI de son livre, Kohut racontait la séquence suivante, dont il avait eu à connaître en contrôle, par une analyste qu'il présente comme une Sud-américaine d'orientation kleinienne : «À la fin de la séance, cette analyste informe sa patiente que prochainement, elle sera obligée d'annuler une séance. Le lendemain, la patiente reste silencieuse et distante et elle ne répond pas lorsque l'analyste l'invite à parler. L'analyste lui dit alors que l'annonce qu'elle a faite lors de la séance précédente l'a transformée de bon sein qu'elle était en mauvais sein. Elle ajoute que depuis la patiente est consumée par la rage ; elle veut détruire le mauvais sein en le mordant, ce (pli provoque une inhibition orale, qui l'empêche de parler ».
Cette séquence lie la pulsion orale à sa conséquence, l'inhibition. On retrouve le principe d'interprétation qui avait guidé Melitta Schmideberg dans le cas de «l'Homme aux cervelles fraîches »[6]. Dans la tradition kleinienne, selon Melitta Schmideberg, l'inhibition intellectuelle est liée à l'inhibition de la pulsion. Ce sujet avait une pulsion orale forte. Dans son enfance, il volait de la nourriture dans le frigidaire. Cette impulsion s'est ensuite inversée en inhibition, qui s'est transformée en inhibition intellectuelle.
Kohut, quant à lui, pense qu'il aurait peut-être mieux valu dire les choses en des termes de self-psychology, ou bien d'ego-psychology. Dans l'ego-psychology, on ne va pas tout de suite à l'objet, on passe par le conflit œdipien. On dit alors à la patiente : « Vous avez ressenti l'annonce que j'ai faite hier de la même façon que lorsque votre mère fermait la porte de sa chambre pour coucher avec votre père ». Voilà le conflit œdipien : la patiente est folle de rage de voir que sa maman s'intéresse à autre chose qu'à elle.
Dans les termes que la self-psychology emploie avec les personnalités narcissiques ou ce que nous appellerions des psychoses ordinaires, il aurait fallu reformuler les choses en termes d'interprétation centrée sur le self, en parlant de l'estime de soi. Dans la théorie de Kohut, la self-esteem de l'analysant narcissique ne supporte pas le conflit car il n'a pas élaboré le conflit œdipien à proprement parler. Il faudra donc formuler : «Votre amour-propre a été entamé par la nouvelle que je vous annonçais hier, de la même façon que le jour où votre mère, froide et distante, avait renvoyé la cuisinière si chaleureuse qui vous permettait de venir l'aider à la cuisine, et qui faisait, elle, votre éloge ».
L'analyste qui rapporte l'interprétation kleinienne, celle qui est centrée sur l'objet, note qu'après l'interprétation, la patiente était plus détendue. Elle s'est remise à parler plus librement et s'est rendue compte qu'elle avait passé toute la séance précédente à serrer les dents. Kohut fait ce commentaire : quel qu'ait été l'effet positif de l'interprétation, il faut noter l'écart entre le message, qui était juste, et la théorie fausse:
Quel était le message essentiel ? C'était : «Vous êtes profondément troublée par le fait qu'une de vos séances ait été annulée. J'en prends acte. » Selon Kohut, il fallait dire: «c'est légitime, vous aviez le droit ». La théorie de Kohut — son message fondamental — est l'empathie ; l'accueil de l'autre. Comment la psychanalyse soigne-t-elle ? How does psychoanalysis cure? La réponse de Kohut consiste à dire qu'elle guérit avec le sourire de la mère.
C’est ce oui fondamental que Kohut considère comme l'essentiel de l'opération psychanalytique. Il l'attribue à la mère, mais il s'agit plus profondément de la fonction de la Bejahung, celle que Lacan attribue au Witz.
Etchegoyen s'oppose aux propositions de Kohut. Il en conserve l'opposition entre théorie et formulation, mais l'inverse. La théorie était juste, celle (In bon et du mauvais sein, mais la formulation de l'analyste n'était pas correcte, te, pour plusieurs raisons. La première règle de l'interprétation selon lui est de strictement partir des énoncés du patient. Il ne faut donc pas évoquer la séance annulée puisqu'elle n'avait pas été évoquée par la patiente. Il 'allait simplement mettre des mots sur le silence : «quelque chose vous trouble, et vous êtes incapable de l'exprimer ». Et là, « si elle avait dit qu'elle se taisait parce que depuis la séance précédente sa mâchoire était contractée, et si elle avait ajouté quelques mots mordants à l'adresse de l'analyste, alors il y aurait eu vérification ». Du fait que la mâchoire était évoquée, l'objet oral est présent dans la réalité psychique. La preuve est celle du relâchement des sujets. Là seulement, on pouvait dire : «Vous avez ressenti l'annonce de la veille comme si le sein vous avait été retiré, et vous avez réagi par la peur et le souhait de le mordre, en serrant vos dents et en proférant des mots qui eux aussi peuvent mordre».
Etchegoyen poursuit «Si jamais l'analysante avait dit que pendant qu'elle se taisait elle pensait à un incident désagréable qui avait eu lieu la nuit précédente avec sa fille de cinq ans qui avait voulu rester dans la chambre de ses parents au lieu d'aller dormir dans la sienne ; que la patiente avait fini par s'énerver et l'avait emmenée au lit de force et si elle avait ajouté qu'elle était déjà énervée parce qu'en sortant de sa séance, elle s'était disputée avec un chauffeur de taxi qui n'avait pas voulu lui rendre la monnaie, alors là, je n'aurais pas hésité à lui dire que cette colère dont elle parlait à propos de sa fille était sa façon de m'informer de sa réaction à l'annonce que je lui avais faite... ; qu'elle s'était disputée avec le taxi parce qu'il ne voulait pas lui donner quelque chose ; et que, en parlant de sa fille, elle exprimait sa propre réaction infantile : elle sentait que j'étais sa mère qui la chassait violemment de sa chambre pour pouvoir coucher avec son père». Et enfin, « si l'analysante m'avait apporté un rêve, reproduisant la situation infantile traumatique dans laquelle sa mère avait renvoyé la gentille cuisinière», j'aurais dit : «en effet, c'était comme votre mère...»
Mais Etchegoyen ajoute : « Je n'aurais jamais eu le culot de dire "votre mère froide et indifférente", car une interprétation doit toujours porter sur le sujet, et jamais sur les personnages de l'entourage. Là, mon désaccord est formel ». Ce type de désaccord évoque les querelles qui ont traversé le mouvement psychanalytique. Faut-il recevoir ou non les parents d'un enfant, l'entourage d'un sujet? Il semble difficile d'énoncer des propositions universelles, positives ou négatives, sur ce qu'il faut faire. Il y a toujours des cas qui feront objection à ces prescriptions. On voit l'avantage de l'indication de Lacan qui nous dit que l'interprétation doit seulement porter sur l'objet et le mode de jouir. Cela peut comporter la mise en jeu de l'entourage.
Revenons à Etchegoyen. Il conclut : «Les trois interprétations hypothétiques (données dans ces différents plans) comportent des fragments de théorie de haut niveau d'abstraction, mais ce ne sont pas des métaphores, dans la mesure où elles correspondent strictement au matériel de la séance supposée ». Ainsi, selon lui, le problème n'est pas de discuter la profondeur de ces interprétations ou leur efficace, c'est de savoir si l'on pense ou pas que cela renvoie réellement à quelque chose, un état d'esprit, a state of mind, qui se formule dans la réalité psychique du patient. Lorsqu'il formule une interprétation : « le travail analytique établit des conditions de vérité dans la réalité psychique ». C'est très subtil : si on a une réalité psychique, il faut encore la munir d'une table de vérité. « À ce moment, l'interprétation cesse d'être une figure de discours, et elle prend une signification précise et isomorphe avec ce qui se passe réellement dans l'esprit (mind) de celui qui la reçoit ». Dans cette petite phrase, tout est donné. Premièrement, «les tables de vérité s'introduisent dans une réalité ». Ensuite, en utilisant les termes « isomorphes » et « condition de vérité », Etchegoyen sauvegarde une théorie dénotative de la vérité. Cette conception permet donc à Horacio Etchegoyen d'aller même jusqu'à une sorte de positivisme logique de l'interprétation. En effet, à un moment donné, l'interprétation a une signification isolable et vise une correspondance assurée. Lacan dira dans un cadre épistémologique plus vaste que l'analyste «ajoute sa logique» au discours inconscient de l'analysant.
L'interprétation métaphorique selon Lacan n'est pas un relativisme
Le désaccord porte sur le fait qu'avec une théorie selon laquelle il y a adéquation entre l'interprétation et ce qui se passe « réellement » dans la tête, lorsqu'on vise la pulsion, on retrouve les apories mêmes que dénonçait Lacan dans « La direction de la cure ». L'interprétation n'est pas une isomorphie, elle «fait entendre ». Lacan laisse de côté l'épistémologie de l'adéquation. Il situe l'interprétation comme évocation, elle «fait entendre ». Ce qu'il s'agit de faire entendre est déterminé par la direction de la cure. L'interprétation selon Lacan n'est pas adéquation, elle est créationniste, elle détermine ce qu'il faut faire entendre à l'analysant. Dans le cas de l'Homme aux cervelles fraîches, «il eût fallu lui faire entendre qu'il vole rien ».
Dès « Fonction et champ de la parole et du langage », Lacan situe l'interprétation loin d'un métalangage. C'est une dimension de la parole où se nouent, de façon spéciale, parole et langage. À partir de la mise en valeur de « l'instance de la lettre » et au détriment de la fonction de la parole, Lacan reformule sa thèse fondamentale sous la forme : « le désir, c'est son interprétation ». Cette formulation s'oppose à la définition d'un désir inconscient définissant le niveau d'un langage objet et à l'interprétation de ce désir inconscient comme le langage qui le déchiffrerait en le surplombant. Dire que «le désir, c'est son interprétation », revient à faire coïncider les deux niveaux. On ne peut plus alors séparer le désir inconscient du niveau de l'interprétation. C'est dire aussi que l'interprétation déployée se soutient d'un désir, à l'occasion du désir du psychanalyste d'interpréter.
Une autre façon de reformuler le principe de l'interprétation est de dire que l'interprétation est une ponctuation. C'est un fait que Jacques-Alain Miller a dégagé avec force. Il a même réussi à la soutenir à la radio, sur 1rd n ce-Culture. Elle se situe au niveau même de l'inconscient structuré om me un langage. La ponctuation fait interprétation car elle est située au même niveau que le discours inconscient. L'inconscient est un langage avec des ponctuations. On demandait à Umberto Eco à une époque où il était le chouchou des médias avec son Nom de la Rose : « Qui êtes-vous dans le roman ? » il répondait : «Je suis le point-virgule. » Se donner la place de celui qui ponctue, se donner la place de la ponctuation même, est une réponse très lacanienne. C'est une interprétation-ponctuation formulée en abîme.
Jacques-Alain Miller formule ceci de façon frappante en disant que l'analyste est l'éditeur du texte de l'analysant. C'est d'ailleurs une autre reformulation de la thèse de Lacan qui figure dans le Séminaire XI « l'analyste fait partie du concept de l'inconscient ». Il est structuré de la même façon. Pas d'inconscient sans sa ponctuation, sans son éditeur, sans celui qui le fait apparaître. L'inconscient n'est pas une chose déjà là. Il apparaît au cours de la pratique elle-même de la psychanalyse qui rend possible le surgissement de cet inconscient inséparable de son niveau dit interprétatif. C'est pour cela que la structure du sujet est celle d'une bande de Moebius et non d'une superposition de plans sur deux niveaux sur lesquels il pourrait y avoir des applications.
Cette structure: « Il n'y a pas de métalangage» est cruciale dans la question du lieu de l'Autre. L'Autre est un lieu avec des propriétés extrêmement étranges. Dans « La direction de la cure » Lacan dit : « L'interprétation, pour déchiffrer la diachronie des répétitions inconscientes, doit introduire dans la synchronie des signifiants qui s'y composent, quelque chose qui soudain rende la traduction possible, — précisément ce que permet la fonction de l'Autre dans le recel du code, c'étant à propos de lui, qu'en apparaît l'élément manquant. »[7] Le lieu de l'Autre est un lieu magique, il est toujours possible qu'un élément nouveau surgisse alors qu'il n'y est pas. C'est un lieu où cela s'inscrit de telle façon qu'à partir de la synchronie des éléments signifiants, il est toujours possible d'en faire surgir un autre qui à partir de là, va rendre la traduction de la séquence possible. Freud parlait du bloc magique, des petites ardoises des enfants où un texte s'efface et pourtant reste inscrit, pour noter les rapports du conscient et de l'inconscient, Lacan munit l'Autre d'une topologie plus complexe. C'est un lieu magique en effet, car il a la structure d'une bande de Moebius. À partir de l'autre côté il est toujours possible qu'un autre signifiant surgisse et qu'il rende la chaîne traduisible. Situer l'interprétation comme traduction, est à la fois très freudien — dans la lettre n° 52 à Fliess, Freud parle d'éléments discrets qui se traduisent d'époque en époque — et très radical. C'est une subversion de l'interprétation comme une langue supplémentaire. Le sujet peut dès lors reconnaître ce qui lui était étranger comme faisant partie de lui. C'est d'une sorte de traduction du sujet dans le texte dont il s'agit — et non pas d'un message d'une langue en une autre. Lacan s'est d'ailleurs spécialement intéressé aux éléments qui signent la place du sujet de l'énonciation dans le texte, à l'époque où la linguistique de l'énonciation attirait l'attention sur cette question. Il s'est intéressé, par exemple, aux mots qui parsèment la langue et ne veulent rien dire, mais signalent l'énonciation. Entre le « Je crains qu'il ne vienne» et le «Je crains qu'il vienne», certains grammairiens estiment que du côté du sens, il n'y a aucune différence. Lacan, au contraire, avec les grammairiens Damourette et Pichon estime au contraire que le « ne explétif», celui dont on pourrait se passer, qui peut toujours s'ajouter à un groupe verbal exprimant le souhait ou la nécessité, est la traduction du sujet structuré comme pouvant s'ajouter ou pas à un message. Le sujet est un lieu aussi magique que le lieu de l'Autre. Il peut s'ajouter dans une phrase sans en changer le sens et cependant en changeant tout. Cette structure est celle de l'ensemble russellien. Jacques-Alain Miller avait choisi de la mettre en évidence en affirmant la thèse : «L'inconscient interprète », et non pas l'analyste. Il l'avait fait dans un contexte où notre communauté travaillant la question de l'interprétation, avait réussi à emmêler les fils : on obtenait des cas cliniques où les exposés présentaient à la suite le matériel apporté par l'analysant et l'interprétation de l'analyste, ce qui proposait une perspective erronée. Si l'on ne saisit pas ce qu'est profondément un dialogue, si nous n'arrivons pas à restituer dans le cas clinique la structure selon laquelle on reçoit de l'Autre son message inversé, on ne respecte pas la structure du «Il n'y a pas de métalangage ». On tombe dans des erreurs de perspectives et dans cette idée que l'interprétation, c'est la parole de l'analyste. Il était alors crucial de restaurer la structure fondamentale du « Il n'y a pas de métalangage » dans « L'inconscient interprète ».
L'inconscient interprète, et spécialement dans la psychose, puisque la psychose plus que la névrose, met en valeur la structure du lieu de l'Autre. Le lieu de l'Autre se présente d'abord avec cette propriété d'un ensemble russellien à savoir que toujours un élément supplémentaire peut s'ajouter à l’ensemble de ce lieu où inclusion et exclusion se nouent de façon si particulière. L’Autre est d'abord muni, dans l'enseignement de Lacan, de la métaphore paternelle qui qualifie ce qui est du registre de la névrose. La métaphore paternelle, le Nom-du-Père, vient alors assurer la consistance de la signification dans l'Autre. Le père est d'abord celui qui introduit la limite, celui qui soutient la place du «C'est comme cela parce que c'est comme cela.» Si on aborde la structure de l'Autre du point de vue de la névrose, on ne voit pas combien l'interprétation se fait au Nom-du-Père. Le Nom-du-Père permet qu'il y ait un point limite au complément du S1 par S2 et de faire en sorte que la parole s'arrête grâce à cette fonction. Il y a un silence inclus dans la langue qui fait que le texte inconscient peut trouver une respiration qui permette au sujet, comme le disait le président Schreber, « de ne penser à rien», de pouvoir souffler. Cela veut dire pouvoir agir, sans être embarrassé en permanence par sa «pensée », par la formulation hallucinatoire qui l'envahit.
Ce n'est pas un hasard si dans ses réflexions sur la psychanalyse la question que posait Wittgenstein à Freud portait sur le point d'arrêt. Ce n'est pas un hasard si Wittgenstein, psychotique, qui ne croyait absolument pas au père, a fait toute son oeuvre pour savoir où s'arrêter. Lacan a ensuite structuré toujours plus la question de l'interprétation à partir de la psychose, spécialement à partir du moment où il a pluralisé les Noms-du-Père. Ce que Jacques-Alain Miller a appelé la deuxième métaphore chez Lacan consiste en ce que la jouissance est prise en charge par l'Autre. C'est la langue elle-même qui significantise la jouissance en la transformant en bouts de jouissance, tel l'objet a, à la fois élément de jouissance et qui pourtant se comporte comme une lettre. Il peut entrer en chaîne, peut entrer en série, peut être substituable, peut être en place de cause.
Notre question devient alors : comment peut-on s'arrêter si c'est dans la langue elle-même que se prend en charge la significantisation de la jouissance ? Qu'est-ce qui en fait son principe d'arrêt ? C'est la question clef de l'abord lacanien des psychoses.
De quelle interprétation s'agit-il, dans la psychose au quotidien ?
Si l'on parle d'interprétation dans la psychose, c'est en effet que le sujet psychotique nous précède toujours. Il interprète de façon originale. II croit à son interprétation. Il est prêt à l'imposer au monde. Il passe par l'expérience des paroles imposées qui sont des interprétations qui s'imposent à lui. Interpréter la psychose, c'est reconnaître l'inconscient «à ciel ouvert » comme un dispositif interprétatif, comme un travail permanent où l'inconscient se retraduit sans cesse. Il s'agit donc, pour ne pas se laisser emporter dans le mouvement délirant, de recentrer le sujet sur les phénomènes élémentaires, les S1 isolés qui s'imposent au sujet psychosé. Il témoigne pour une chair à qui advient des phénomènes de jouissance, de l'incessant travail de cette production, que cette jouissance vienne du corps propre chez le schizophrène ou que cette jouissance soit la jouissance mauvaise de l'Autre, ce qui est la supposition du paranoïaque. Ce travail incessant a des points d'homéostase : des points d'arrêt et de suspension. Même dans les psychoses interprétatives les plus florides, dans ce que Lacan a appelé la stabilisation de la métaphore délirante, il y a un moment où le sujet couve des moments de calme, d'apaisement après des moments de travail interprétatif, de travail productif épuisant.
Dans la stabilisation de la métaphore, le signifiant et le signifié (dans la première formulation de la métaphore), la jouissance et l'Autre (dans la deuxième formulation de cette métaphore) trouvent une façon de tenir ensemble, l'objet a trouvé une place. C'est à nous mettre à l'écoute de la psychose elle-même que l'on retrouve les éléments qui font maintenant l'enjeu de la deuxième clinique de Lacan. Il s'agit de chercher comment peuvent tenir ensemble signifiant et jouissance dans les variantes non standards que présentent les différentes psychoses. Lors de la Conversation d'Arcachon, Jacques-Alain Miller note que la métaphore comme structure peut s'emparer et mettre en fonction des éléments classiques — mais elle peut aussi s'emparer d'éléments non standards, rares, purement individuels. Le Nom-du-Père est un standard dans notre civilisation, mais la métaphore peut bort bien articuler des éléments qui n'appartiennent qu'à un sujet. Ces éléments, nous les trouvons par exemple chez Joyce, qui veut se faire refondateur d'une langue, l'artificier de la production d'une langue. On peut trouver dans ces éléments singuliers les éléments, les plus variés : c'est pour le sujet une sorte de fabrique par laquelle un élément très atypique, très particulier, se met en fonction de Nom-du-Père. Nous pouvons pousser la chose au point où un nom qui ailleurs est un nom commun se met pour le sujet, en position de nom propre. Comme le dit Lacan dans « Subversion du sujet », un nom propre est un signifiant extraordinaire où le signifiant et le signifié s'équilibrent, sont stabilisés. Le nom propre est une métaphore délirante réussie car le nom propre a dans la langue des propriétés extraordinaires : il ne s traduit plus. En ce sens, l'opération nom propre est de l'ordre de la métaphore réussie. Elle fixe, elle conjoint d'une façon telle que la traduction peut s'arrêter. On ne traduit pas plus loin. C'est cela, cela a nommé. C’est aussi bien la structure du phénomène élémentaire.
Dans la psychose, nous devons accomplir un double mouvement. D'une part, nous accompagnons la prise en charge de la jouissance par la langue, le travail interprétatif, la production au lieu de l'Autre du travail du psychotique. Cela ne se fait pas sans nous qui sommes porteurs du discours analytique. Le discours analytique transporte avec lui le lieu de l'Autre. Il l'installe et lui donne sa fonction. Nous autorisons, par l'installation du lieu de l'Autre, le lieu qui peut permettre la traduction. Le travail de traduction continue, mais en même temps, il faut que nous sachions que ce que nous visons, c'est à obtenir une stabilisation, une homéostase, une ponctuation. On a pu opposer de façon trop stricte, voire caricaturale, l'idée que l'on fait parler le névrosé et que l'on fait taire le psychotique. C'est une opposition caricaturale car il ne s'agit pas de faire taire. Il s'agit de stabiliser, de viser à ce que s'introduise la possibilité d'une coupure, que la langue ne soit plus compactée, holophrasée. Qu'il n'y ait pas simplement une seule séquence de signifiants S1, S2, SN... sans les virgules. Il s'agit d'obtenir la possibilité de virgules. Donc ces virgules, dans la séance, nous les faisons. Nous visons le sinthome. « Une pratique qui vise dans le sujet le sinthome n'interprète pas à l'instar de l'inconscient. Interpréter à l'instar de l'inconscient, c'est rester au service du principe de plaisir. »[8]
Viser le sinthome, c'est souligner, revenir sur des signifiants, les isoler, les séparer de la chaîne, leur donner toute leur place, les mettre en décrochage par rapport à la chaîne signifiante. Imaginons un dialogue fictif avec le président Schreber. Nous lui dirions : «Vous avez dit hurlement, miracle de hurlement ? Dites-m'en plus. Qu'est-ce qu'un miracle de hurlement ? » Vous ciblez le signifiant du hurlement, vous l'arrachez à la série et vous lui demandez de se centrer sur le miracle de hurlement. Il ne s'agit pas de réanimer la chaîne S1— S2, mais plutôt de se centrer sur l'événement de corps que représente le « miracle de hurlement ». Le sujet est invité à dire dans sa particularité comment il se défend du miracle par une invention particulière. Le président Schreber nous aurait alors parlé de son usage du piano. Nous centrons donc l'interprétation sur la paire ordonnée (S1, a)[9].
Cela peut aussi être le cas avec un enfant psychosé qui a trois éléments : un gobelet, de l'eau et se frapper. On prend un élément dans la série, le gobelet. On le prend par la main, on l'amène près de l'eau, on le remplit, on le vide, et puis on le regarde remplir, vider de façon incessante, et après on prend un deuxième gobelet, un troisième, on les met l'un dans l'autre. À partir de signifiants isolés, on construit une série. La méthode est la même : on extrait un élément qui fait partie de la chaîne de jouissance de l'enfant. Cela peut être son regard éperdu devant la fenêtre. Là, on passe quelque chose entre la fenêtre et lui, on essaye d'extraire du regard, de mettre le regard en fonction. La ponctuation consiste à obtenir quelque chose comme un apaisement. Les constructions les plus invraisemblables et les plus inventives que font les sujets psychotiques tiennent par des équilibres où le corps est impliqué. C'est ce qu'on essaye d'obtenir par de multiples façons. Dans l'interprétation de la psychose, nous ne nous laissons pas entraîner par une parole folle au nom du fait que «le délire est une voie vers la guérison». On in' laisse pas un sujet délirer jusqu'à l'épuisement, que ce soit celui du ma-Iliaque, ou celui du paranoïaque. Nous savons que la nomination, le donner un nom, peut consister à frapper l'autre. Le «tu es cela » est une forme de nomination. Lacan a beaucoup fait valoir combien le «tu es », est à la fois un « tuer ». Cette homophonie renvoie au signifiant comme meurtre de la chose par le nom qui la désigne, qu'elle soit présente ou absente, vivante tai morte. Le passage à l'acte hétéro agressif ou auto agressif est une façon aussi de donner un nom. Nous nous servons des éléments signifiants que litais donne le sujet. Il s'agit de ce qu'il dit mais aussi bien les éléments signifiants de sa conduite, ses acting out. Ce sont autant d'éléments qui permettent de nous guider dans le dialogue avec le sujet sur ce que parler veut dire. Nous visons à l'horizon l'effet de silence, de pause, de stabilisation.
C’est ce qui fait qu'à l'occasion, avec des sujets psychotiques, la séance est un moment de pause, de silence, de ne penser à rien.
Un collègue témoignait d'un mode de séance limite avec un sujet psychotique qui, en séance, ne lui dit rien, s'assied et ne dit rien. Au bout d'un moment l’analyste le reconduit très cérémonieusement à la porte. Et le sujet dit : « Et bien, c'était une bonne séance aujourd'hui ». C'est un cas de figure extrême, c'est un passage à la limite. Ce sujet est pris dans un travail de production important, mais pendant la séance, il y a un moment où il ne pense à rien, un moment où il ne dit rien et c'est pour lui ce qui introduit la fonction de pause. C'est son moment de la journée de ne penser à rien auprès d'un signifiant-maître. Ce dispositif très étrange donne l'idée que l'interprétation lacanienne doit viser au silence, doit inclure le silence. Lorsque son article sur l'interprétation a été publié en Argentine dans un recueil, Jacques-Alain Miller l'avait nommé « Entonces Sssh ! »[10]. C'est aussi ce que nous dit le mot selon lequel « le silence qui suit une symphonie de Mozart appartient à Mozart ». Il faut que le silence appartienne à l'interprétation. Une interprétation doit comporter son silence ou son énigme, L'équivoque interprétative ne veut pas dire qu'il s'agit d'une interprétation où l'on n'y comprend rien, d'une interprétation ouverte à tous les sens comme disait Lacan. L'équivoque ne veut pas dire que tous les sens sont possibles. L'équivoque veut dire que le jeu sur le sens est suffisant pour qu'il y ait du silence, pour que le signifiant puisse se décomposer, puisse être brisé, pour qu'il ne se produise ni la concaténation sans fin ni la signification figée.
C'est ce qui fait que lorsqu'un sujet psychotique vient nous voir, nous nous mettons à l'écoute de la psychose pour apprendre de lui les éléments non-standards qu'il fait fonctionner comme points d'arrêt. À l'entendre, nous nous demandons ce qui fait pour lui capiton. Nous devons apprendre du sujet psychotique comment il réussit à ne penser à rien, comment il réussit à introduire du silence et pouvoir nous-même savoir comment nous pouvons l'aider à introduire, à manier la coupure. Couper dans le flot signifiant, c'est arriver à le faire tenir ensemble, à obtenir le « c'est cela ». C'est ainsi nous rapprocher de la structure du signifiant tout seul. « Le signifiant unaire, comme tel insensé, veut dire que le phénomène élémentaire est primordial. L'envers de l'interprétation consiste à cerner le signifiant comme phénomène élémentaire du sujet, et comme d'avant qu'il ne soit articulé dans la formation de l'inconscient qui lui donne sens de délire. »[11]
Il faut arriver à trouver le trait par lequel on se rapproche de la séparation, il faut viser au point de séparation. Jacques-Alain Miller, dans le cours de l'année 2003-2004 a opposé de façon décisive le trait signifiant et la coupure de la séparation. Comment peut-on aider le sujet à ce qu'il puisse se séparer? Cela peut être par exemple en choisissant le silence, en l'autorisant à choisir le silence. Comme nous l'avons vu cela peut être soi-même en prenant une position très directive, par exemple quand le sujet est perplexe ou au bord de la dépersonnalisation. Alors, il faut souligner, décider sur le sens possible d'un mot, d'une expression. Dans tous les cas, nous devons inventer ce qui doit mener à l'interprétation comme séparation d'avec l'Autre.
Déjà dans Entonces Sssh ! se différencie l'interprétation comme coupure qui produit de la perplexité et la ponctuation qui est du côté du Nom-du-Père. « La question n'est pas de savoir si la séance est longue ou brève, silencieuse ou parleuse. Ou bien la séance est une unité sémantique, celle où S2 vient faire ponctuation à l'élaboration — délire au service du Nom-du-Père - bien des séances sont ainsi. Ou bien la séance analytique est une unité asémantique reconduisant le sujet à l'opacité de sa jouissance. Cela suppose qu'avant d'être bouclée, elle soit coupée. »[12]
Au-delà d'une répartition stricte ponctuation-névrose et coupure-psychose, disons que l'interprétation-coupure est une interprétation compatible avec la seconde clinique de Lacan qui permet d'englober la première. Le discours de l'analyste est cette opération de coupure de l'inconscient. Il vise à la produire.
La place de l'analyste se définit alors comme faisant partie du concept de l'inconscient. Dans son interrogation de l'acte analytique, Lacan note que la véritable originalité de la méthode analytique n'est pas d'avoir produit une classification nouvelle, mais de constater que l'analyste est déjà là dans l’histoire du sujet. « Quand l'analyste s'interroge sur un cas, quand il en fait l'anamnèse, quand il le prépare, quand il commence à l'approcher et une fois qu'il y entre avec l'analyse... il était, l'analyste, déjà là en tel point de l’histoire du sujet... Il y a quelque chose qui a déjà été là. Ceci lui donnerait une toute autre manière d'approcher la diversité des cas. Peut-être à partir de ce moment arriverait-il à trouver une nouvelle classification clinique que celle de la psychiatrie classique qu'il n'a jamais pu toucher ni ébranler et pour une bonne raison. Jusqu'à présent c'est qu'il n'a jamais pu faire d’autre que de la suivre ». Ce déjà là, Lacan avait pu auparavant le nommer comme « signifiant du transfert ». Sur France-Culture récemment, Jacques-Alain Miller notait que pour venir voir un analyste, il faut qu'un sujet ait éprouvé dans son existence quelque perplexité; si ce n'est pas le cas, il ne vient pas. C'est le signifiant devant lequel il aura été perplexe qui sera le signifiant du transfert. C'est le moment où le sujet se sera éprouvé comme séparé de l'Autre qui pourra permettre l'inscription du sujet dans l'acte analytique. L'analyste aura été déjà là. Dans le quotidien de l'interprétation de la psychose, ce sera aussi sur cette présence déjà là que l'analyste pourra appuyer son dialogue avec celui qui vient le trouver.
Mots clés : post freudiens — ponctuation — coupure — nom propre.
[1] Cf. Lacan, «La direction de la cure et les principes de son pouvoir », Écrits, Seuil, Paris,
1966, p, 587-588.
[2] ibid., p. 594-595.
[3] H. Kohut, How does psychoanalysis cure?, University of Chicago Press, Chicago, 1984.
[4] E. Glover, « The therapeutic effect of inexact interpretation: A contribution to the theory of suggestion », Int. Journal of Psychoanalysis, 12, p. 397-411, 1931.
[5] H. Etchegoyen, « Psychoanalysis during the last decade: clinical and theoretical aspects», Psychoanalytic inquiry, vol. 11, n°1, 1991, pp. 88-106.
[6] J. Lacan, « La direction de la cure... », op. cit., p. 600.
[7] J, Lacan, « La direction de la cure...», op, cit., p. 591
[8] J.-A. Miller, «L'interprétation à l'envers », La Cause freudienne n°32, Navarin/Seuil, Paris, février 1996, p.11.
[9] Ce paragraphe a été modifié et précisé à la suite de la discussion avec J.-A. Miller lors de la conversation du CERC des Sections cliniques, le 23 juin 2005.
[10] J.-A. Miller : « La interpretacion al reves », in Entonces Sssh !, Eolia, Buenos Aires, 1996
[11] J.-A. Miller « L’interprétation à l’envers », op.cit., p.12
[12] 12 Ibid. p.30