Le pari de l'invention continue de nouages, sous transfert

Guy Briole

"La Cause du désir n°98"

sinthome, noeud borroméen

L’auteur rend hommage à Serge Cottet dans son texte « L’hypothèse continuiste dans les psychoses (L’inconscient de papa et le nôtre, 2012) qui « ajoutait un avertissement pris dans une anticipation de la clinique et des pratiques à venir : « La triplicité freudienne, névrose, psychose, perversion ne saurait éternellement tenir l’affiche de la clinique psychanalytique ». Le dernier enseignement de Lacan invite les psychanalystes à faire « ce pas décisif vers une pratique qui ne serait pas seulement celle de l’interprétation, mais d’un travail sur le nouage réel, symbolique, imaginaire y compris quand le quatrième n’est pas le Nom-du-Père ». Chacun à inventer un sinthome, « avec dans le transfert, “ une approche topologique entre trous et bords” (Ibid., p. 155) ». L’hypothèse continuiste n’efface pas la frontière névrose / psychose mais se vérifie de ce que l’on rencontre dans la formation d’une clinique borroméenne. - Frédérique Bouvet

Le pari de l'invention continue de nouages, sous transfert

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  • Le pari de l’invention continue de nouages,

    sous transfert

    Guy Briole

    A son texte, « L’hypothèse continuiste dans les psychoses », publié pour la première fois dans la revue l’Essai en 1999, Serge Cottet ajoute un avertisse­ment pris dans une anticipation de la clinique et des pratiques à venir : « La triplicité freudienne, névrose, psychose, perversion, ne saurait éternellement tenir l’affiche de la clinique psychanalytique[1] ». En effet, le dernier enseignement de Lacan oriente les psychanalystes à faire ce pas décisif vers une pratique qui ne serait plus seule­ment celle de l’interprétation, mais d’un travail sur le nouage réel, symbolique, imagi­naire, y compris quand le quatrième n’est pas le Nom-du-Père. C’est là que l’on retrouve la singularité propre à chacun dans ce qu’il doit inventer du sinthome avec, dans le trans­fert, « une approche topologique avec trous et bords[2] ». Il s’agit de sortir de la discontinuité névrose / psychose liée à la conception structuraliste et à la présence ou non d’un signi­fiant fondamental, pour aller vers une approche continuiste qui puisse rendre compte des aménagements, plus ou moins stables qu’un parlêtre a pu trouver.

    Lors de la Conversation d’Arcachon, en juillet 1997, Jacques-Alain Miller a démontré comment pouvaient s’articuler conceptuellement le discontinu et le continu[3]. Le prin­cipe de continuité de Leibniz énonce une propriété commune à toute diversité et selon laquelle on ne passe pas d’un état à un autre par un saut – fondement de l’opposition névrose/psychose pour la psychiatrie et la psychanalyse structuraliste – mais par une série infinie d’intermédiaires.

    L’hypothèse continuiste « n’est pas faite pour effacer la frontière névrose / psychose[4] », elle indique des alternatives, pour ce que l’on nomme psychoses, à la forclusion du signi­fiant du Nom-du-Père. Elle se vérifie de ce que l’on rencontre dans la formalisation d’une clinique borroméenne, avec toutes les gradations des singularités propres à chaque sujet, au un par un de ce qu’ils trouvent à pouvoir nouer autrement ou renforcer, sous transfert.

    Ce texte nous accompagne, dans la rénovation des pratiques, vers le Congrès de l’AMP à Barcelone, en 2018

     

    Guy Briole est psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne.

    [1] Cottet S., « L’hypothèse continuiste dans les psychoses », L’inconscient de papa et le nôtre. Paris, Éd. Michèle, 2012, p. 155.

    [2] Ibid.

    [3] Cf. Miller J.-A., La Conversation d’Arcachon, Paris, Agalma-Le Seuil, 2005, p. 160.

    [4] Cottet S., op. cit., p. 160.