Radiophonie Question 1 et 2

Pierre-Gilles Guéguen

"Quarto n°115/116"

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Radiophonie Question 1 et 2

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  • «Radiophonie», questions 1 et 2

     Pierre-Gilles Guéguen

    Merci à Gil Caroz pour son invitation à venir vous parler de ce texte : difficile, il faut bien le dire ! Heureusement, Éric Laurent a largement contribué à l'éclairer et vous avez, comme moi, bénéficié de l'introduction qu'il en a faite ici[1].

    La première chose que je voudrais rappeler, c'est qu'il s'agit d'un entretien en porte-à-faux.

    En effet, Robert Georgin qui posait les questions à Lacan, était journaliste à la radio belge, d'abord pendant la résistance puis à la RTBF. Vous vous souvenez que l'émission a été enregistrée en 1970. Bien qu'ayant lu les Écrits, sortis en 1966 le journaliste est en décalage par rapport à Lacan dont la doctrine a déjà beaucoup bougé depuis la publication du livre. La fin des Écrits, marque le sommet de la période structuraliste de Lacan. Ils s'achèvent sur le texte «La science et la vérité »[2] qui pose la question de savoir si la psychanalyse peut être une science ou s'il y aurait une science qui pourrait accueillir la psychanalyse. Or quand Lacan rencontre R. Georgin, il a déjà choisi de laisser derrière lui le structuralisme et la linguistique, il apprécie toutefois le fait que son interlocuteur ait lu ses Écrits. Ce que R. Georgin ne sait sans doute pas, c'est que Lacan est déjà en train d'enseigner « L'envers de la psychanalyse» et qu'il construit ses schémas des discours. Sans doute R. Georgin n'a-t-il pas non plus connaissance de la conférence de Baltimore[3] (qui vient d'être rééditée par La Cause du désir).

    Lacan avait participé en 1966 à cet événement important et avait eu avec Chomsky un désaccord total sur la nature du langage et sur le fait que, contrairement à ce que Chomsky pensait à l'époque, on n'arriverait pas à inventer une intelligence artificielle, la neurologie n'ayant rien à voir avec les faits de langage. Lacan s'était retrouvé seul à affirmer que le langage ne s'apprenait pas, qu'il était d'une autre nature. C'est sans doute cela qui l'amène à revisiter dans la réponse à ces deux premières questions ce qu'il a d'abord emprunté aux structuralistes et plus particulièrement à la linguistique. Il revient notamment sur son emprunt antérieur à Lévi-Strauss et souligne que la psychanalyse n'a rien à voir avec l'empirisme, qu'elle ne se vérifie ni sur le terrain ni sur la comparaison des mythes.

    Les développements qui tournent autour du cours de linguistique générale de Saussure puis du cours de Jakobson que Lacan a beaucoup fréquenté dans les années 60, ont particulièrement retenu mon attention.

    Questions 1.[4] Dans les Écrits, vous affirmez que Freud anticipe, sans s'en rendre compte, les recherches de Saussure et celles du Cercle de Prague. Pouvez-vous vous expliquer sur ce point?

    Question 11.[5] La linguistique, la psychanalyse et l'ethnologie ont en commun la notion de structure, à partir de cette notion, ne peut-on imaginer l'énoncé d'un champ commun qui réunira un jour psychanalyse, ethnologie et linguistique ?

    Le Cercle de Prague[6] concerne Jakobson et Benveniste, parmi ceux que Lacan a fréquentés. Je ne crois pas que Lacan se soit intéressé à Troubetzkoy ou à d'autres qui en ont fait partie. Hjelmslev, du cercle de Copenhague est cité une fois en passant dans «La Science et la vérité ». Mais Jakobson déjà très reconnu en Russie avant de s'exiler en Amérique, retrouvera le petit cercle d'intellectuels exilés du fait de la montée du Nazisme et réunis autour de Koyré. Ils vont fonder La New School for Social Research de New York où enseigneront Jakobson, Koyré et Lévi-Strauss. Ils y inviteront Lacan.

    Dans ses réponses à ces deux questions Lacan s'efforce de combler le décalage qui existe entre lui et son interlocuteur. Il le fait sans esquiver les interrogations de ce dernier sur la place de la psychanalyse dans les sciences humaines, mais tout en essayant d'introduire les éléments de l'avancée qu'il a faite entre1966, et le moment où il travaille L'envers de la psychanalyse.

    Pour situer ces deux questions, je suis retourné au texte bien connu de Jacques-Alain Miller, «Les paradigmes de la jouissance »[7]. J.-A. Miller considère, que « Radiophonie», appartient au cinquième paradigme, celui de la jouissance discursive. Lacan vient de terminer son Séminaire XVI, D'un Autre à l'autre[8] et a choisi d'intituler son nouveau Séminaire « L'envers de la psychanalyse»[9] en commençant par les quatre discours.

    Pour comprendre le paradigme cinq et la nouveauté qu'il apporte, il est utile de se reporter aux paradigmes précédents : ils se rapportent tous au fait qu'une analyse, vise à significantiser et donc à éradiquer une jouissance toujours en excès par le moyen de la symbolisation. C'est particulièrement vrai dans le Séminaire VII L'éthique de la psychanalyse où Glas Ding, la Chose est considéré, pour le dire sommairement, comme le mauvais objet. Un thème majeur règne sur les quatre premiers paradigmes : «Le mot est le meurtre de la Chose». Là réside, selon Lacan, l'efficacité de la psychanalyse qui opère par la délivrance d'un sens et qui, par-là, amène une castration de la jouissance. La délivrance d'un sens est liée à la mise en jeu, au cours de l'analyse, d'une chaîne signifiante qui fonctionne sur le mode de la paire signifiante S1-S2, qui n'est pas vraiment distinguée, à ce moment-là, de ce qu'on considère être l'inconscient freudien, qui opère par l'exhumation d'un savoir refoulé en rapport à une loi universelle qui soumet le sujet à la castration, la loi oedipienne. Cette loi, ajoute alors Lacan fonctionne sur le mode des lois structuralistes, ces lois universelles qui comme dans les sciences tentent d'établir des régularités à valeur universelle. Ainsi par exemple Lévi-Strauss, pour la loi de l'échange des femmes. N'était que, dans l'expérience, la loi oedipienne a des ratés. Elle est trouée par les mots d'esprit, par les actes manqués, par les symptômes ; Lacan est sur la même position que Freud, on ne parvient jamais vraiment à atteindre le résultat attendu de la loi de la castration. Il y a toujours quelque chose qui ne se laisse pas traiter par l'Œdipe et qui aboutit à la formation d'un symptôme. Dans les derniers textes de Freud, du côté masculin la castration échoue à ne pas pouvoir accepter la soumission à un autre homme, et du côté féminin à toujours maintenir la revendication phallique. Dans la période qui précède «Radiophonie», il s'agit, pour l'essentiel de faire du corps un désert de jouissance, par l'interprétation des formations de l'inconscient, lapsus, mots d'esprit, acting-out. Jusqu'à ce moment l'inconscient est considéré comme constitué de pensées, comme un savoir à mettre au jour. Et pourtant déjà, bien avant «Radiophonie», dès 1964, Lacan introduisait dans Le Séminaire XI[10], à la surprise de tous, l'idée que l'inconscient est pulsatile ouvert et fermé comme le battement de la pulsion. Là où nous avions l'idée d'un inconscient comme un récit symbolique fait de pensées refoulées la question principale devient désormais de mettre au jour un savoir qui viendrait donner une place à ce que la castration n'a pu normativer. Et nous avons de ce fait affaire à l'affirmation par Lacan que quelque chose dans l'appareil du corps est structuré de la même façon que l'inconscient. J.-A. Miller en extrayant cette phrase du Séminaire XI nous montre par-là devant quel dilemme Lacan se trouve au moment où il fait son séminaire D'un Autre à l'autre et au moment où il s'entretient avec R. Georgin. Quelle est la véritable nature de l'inconscient? Est-il pulsatile comme la pulsion ou est-il fait d'un savoir fait de pensées? Il y a là déjà l'opposition que Lacan construira ultérieurement entre jouissance et savoir.

    Avant le moment «Radiophonie», Lacan considère que l'on peut, atteindre la jouissance en excès par la symbolisation C'est pourquoi il accorde tant d'importance dès après le Séminaire sur les psychoses, au phallus, signifiant ф, grand phi, dont il faut dans chaque contexte préciser l'usage. Parfois ф, renvoie à - φ, un signifiant qui symbolise le phallus mais comporte en lui une négativation. Mais il peut aussi, par exemple dans «Subversion du sujet et dialectique du désir»[11], être désigné comme « le signifiant de la jouissance». Lacan se trouve donc amené à redéfinir sans cesse la fonction exacte de cette construction qu'il a faite et qu'il utilise, je crois, pour la première fois dans le Séminaire IV[12] en inventant, la signification du phallus (ф) comme le nom de ce qui sépare la mère de l'enfant. Si l'on s'en rapporte aux dernières phrases de« La science et la vérité»[13], qui sont d'ailleurs reprises de Freud, «l'enfant se remparde très tôt d'un fétiche ou d'une phobie pour faire face à l'absence de la mère (à la castration maternelle). J.-A. Miller dans son cours La nature des semblants[14] indiquera comment d'un côté le phallus sert à Lacan pour promouvoir l'efficace du Nom du Père, mais comment plus secrètement il désigne le manque du phallus maternel, le manque de cet objet contre lequel chaque sujet se défend par un symptôme.

    Dans «Radiophonie». Lacan déclare clairement qu'à la place de φ, il fait venir désormais l'objet a. Le signifiant certes est matériel mais la substance jouissante est contenue dans a. L'efficace de l'opération analytique réside désormais dans une opération aliénation signifiante / séparation de la jouissance. C'est cette opération de séparation que Lacan cherche à préciser dans « Radiophonie». Il l'avait d'ailleurs mentionnée pour la première fois dans l'écrit « Position de l'inconscient » et c'est la direction dans laquelle il poursuivra notamment dans Le Séminaire... ou pire[15] et dans Le Séminaire XX[16].

    Dans ses réponses aux deux premières questions, Lacan explique à R. Georgin que ce qui change avec la notion de discours, c'est que la relation signifiant / jouissance est une relation primitive et originaire. Cela signifie que la relation signifiant/jouissance ne peut pas être résumée à un savoir qu'on obtiendrait progressivement dans l'analyse. Certes elle est construite dans l'analyse mais elle renvoie aussi à un événement qui instaure une relation primitive et originaire entre corps et jouissance par l'appareillage de la langue. Le point d'insertion de l'appareil signifiant, comme J.-A. Miller l'indique dans son texte sur les paradigmes, c'est la marque que produit la jouissance. Le corps est marqué par les mots qui blessent souvent très tôt dans la vie du sujet.

    Par les formules des discours Lacan établit qu'une part seulement de la jouissance se perd par l'analyse (on devrait plutôt dire d'ailleurs qu'elle se déplace de façon métonymique) mais qu'une jouissance qui se répète, est permise, celle qu'il appelle le plus-de-jouir. Ainsi qu'il le signale dans Séminaire XVII[17] nous vivons en un temps où i il n'y a plus d'interdit, plus de transgression. Pour comprendre l'expérience analytique, il faut conjuguer le fait qu'il y a de la jouissance qui doit se déplacer parce qu'elle est en excès dans les corps et de la jouissance qui doit rester sous forme de plus-de-jouir. Un peu plus tard, Lacan dira que même le sens qu'on croyait être purement symbolique est lui aussi imprégné d'une jouissance. Il le dira sous différentes formes dans Le Séminaire XX. J.-A. Miller dans son établissement du séminaire l'indique avec des formules comme : «Là où ça parle, ça jouit et ça sait rien.» ou encore : «le langage est une élucubration de savoir sur lalangue.» C'est la raison pour laquelle Lacan dans ses réponses aux deux questions de R. Georgin ne néglige pas de revenir à l'histoire de sa rencontre avec la linguistique.

    Cela l'amène à revenir à une question fondamentale pour la linguistique et qui d'ailleurs renvoie autant à C.S. Pierce qu'à Saussure ou à Jakobson. Il s'agit de la question du signe. Pour importante que soit cette réponse faite à R. Georgin, elle ne trouvera pas de reprise systématisée dans l'enseignement ultérieur de Lacan. Elle marque cependant une déprise d'avec les paradigmes antérieurs fondés pour l'essentiel sur la paire signifiante, le binaire S1-S2 à laquelle nous étions jusque-là accoutumés.

    De même les jeux de la métaphore et la métonymie constituaient un outillage très robuste à partir duquel Lacan avait relu Freud en en tirant des effets nouveaux.

    Mais lorsqu'il affirme «psychanalyste, c'est du signe que je suis averti »[18], cela tranche singulièrement avec ce qu'on croyait connaître de la théorie lacanienne.

    Lacan indique d'abord à son interlocuteur ce qu'il avait trouvé d'essentiel dans les travaux de Saussure et du cercle de Prague, à savoir que le signe langagier, le phonème est décomposable en un rapport entre un signifiant et un signifié et d'autre part, que le signifiant et le signifié sont séparés par une barre. Il reprend là ce qu'il avait dit dans l'écrit « L'instance de la lettre dans l'inconscient»[19] en 1954. Dans «Radiophonie», il écrit : «La linguistique, avec Saussure et le Cercle de Prague, s'institue d'une coupure qui est la barre posée entre le signifiant et le signifié, pour qu'y prévale la différence dont le signifiant se constitue absolument, mais aussi bien effectivement s'ordonne d'une autonomie qui n'a rien à envier aux effets de cristal : pour le système du phonème par exemple qui en est le premier succès de découverte.»[20] Essayons de décomposer cette assertion pour mieux la saisir: « la linguistique, avec Saussure et le Cercle de Prague, s'institue d'une coupure qui est la barre posée entre le signifiant et le signifié, pour qu'y prévale la différence dont le signifiant se constitue absolument [..]»[21]. Le signifiant constitue une unité parfaite, un cristal, absolument différent d'un autre signifiant. Nous avons donc ici la paire S1-S2, paire signifiante qui suffit à elle seule à désigner le langage. Lacan reprend souvent cette image du cristal de la langue. Je n'ai pas trouvé d'où elle venait. Ce que ça peut au moins vouloir dire, c'est que chaque signifiant est un cristal complètement indépendant d'un autre signifiant. Il le dit là :«[...] une autonomie qui n'a rien à envier aux effets de cristal [...] »[22]. Mais il en va autrement du signifié car le signifié est plus fluide que le signifiant: il véhicule toutes les équivoques du sens. C'est dire que la barre entre le S et le s a toute son importance. Comme Lacan l'avait montré dans son écrit « L'instance de la lettre dans l'inconscient » c'est lorsque la barre entre le signifiant et le signifié est franchie qu'une béance apparaît dans laquelle le phallus comme manque structurant prend son efficace. (par exemple dans la métaphore paternelle).

    Mais dans Radiophonie Lacan confie à Georgin, qu'il a tordu la linguistique qu'il s'en est servi à sa manière. Il a été d'ailleurs assez critiqué à l'époque notamment par Derrida. On a dit qu'il avait déformé Saussure, il y a eu sur cette question des querelles de chapelles. Lacan au fond n'en avait cure. Il a utilisé la linguistique, pour l'appliquer à la psychanalyse. Et il l'admet déjà ici. Et vous savez qu'il l'admettra encore plus en 1973 quand il parlera dans le chapitre 2 du Séminaire XX p. 19 de sa linguisterie. Miller d'ailleurs a intitulé ce chapitre: A Jakobson[23].

    Je me suis servi du livre intitulé le Périple structural, pour tenter de m'éclairer sur Saussure et le signe ; «Le concept primitif du cours de linguistique générale de Saussure est le signe, affirme Jean Claude Milner. Cela peut se dire autrement, contrairement à une légende tenace, il n'y a pas, à proprement parler, de théorie du signe chez Saussure »[24]. Que pourrait être en effet une telle théorie? Ce serait une théorie qui pose la question : Qu'est-ce qu'un signe? Elle y répondrait en donnant une définition et en dressant une typologie. En général, elle supposerait qu'il y a plusieurs signes et donnerait les moyens de les distinguer. Autrement dit, elle ne traiterait pas le signe comme un concept primitif. Mais, dit Milner, chez Saussure, rien de tel. Saussure ne se demande pas ce qu'est un signe, le concept est traité comme un terme primitif qu'on ne définit pas. Bien loin qu'on pose une question à son propos, c'est lui qui permet de répondre à la question : qu'est-ce qu'un élément linguistique ? Voilà pourquoi Saussure parle systématiquement non du signe en général mais du signe linguistique. Le signe linguistique est une entité psychique à deux faces, nous appelons signe la combinaison du concept et de l'image acoustique.

    Là, nous avons quand même une bonne idée de ce qui fait que Lacan a accroché à Saussure. Ce n'est pas une théorie du signe en général, c'est une théorie du signe linguistique, c'est-à-dire du signe dans la langue. Le signe est la combinaison du concept, pensée, comme nous disions tout à l'heure, l'inconscient est fait de pensées, et d'une l'image acoustique, c'est-à-dire à la fois de la voix et d'un élément isolable. Plus loin Milner dit: «On tire directement de là les contraintes générales qui pèsent sur la méthode linguistique. De même qu'une vague naît de la rencontre de l'eau et du vent, une entité linguistique n'existe que par la rencontre de sons et pensées. Or, cette rencontre, c'est cela que Saussure, faute de mieux, appelle un signe. Le signe représente quelqu'un, il est seulement un point de contact entre des flux. Le signifiant et le signifié d'un signe donné ne tiennent ensemble que par l'enserrement où ce signe est pris.»[25]

    Lacan explique donc pourquoi il introduit la linguistique dans la psychanalyse et pourquoi il avait trouvé la découverte linguistique si excellente qu'il entreprenait, comme il le dit, de l'appliquer à tout le symbolique. En même temps, il signale que la chaîne de signifiants, aussi bien que la chaîne des significations, nage dans la plus grande des inconsistances. On ne sait pas ce que veulent dire vraiment les S1 et les S2 qui s'enchaînent puisque la psychanalyse repose sur le principe de l'association libre. Lacan n'hésitera pas à dire qu'on fait une psychanalyse en engageant l'analysant à dire des bêtises, on le charme et c'est peut-être sans fin. La chaîne signifiante, on ne sait pas vraiment ce que ça veut dire et tout compte fait cela importe peu car la psychanalyse n'est pas une herméneutique. Ce qui retient l'attention du psychanalyste en revanche, c'est ce qui se répète. Déjà attentif dans son Séminaire XI à la tuchè et à l'automaton, Lacan s'intéressera au signifiant-maître. Il en fera d'ailleurs une utilisation un peu spécifique dans l'écriture des discours. Mais ne s'attarde pas sur ces aspects dans ces deux premières questions.

    Il est difficile de faire comprendre à certains analysants qu'ils peuvent dire ce qu'ils veulent, que l'association libre n'exige ni la consistance ni la complétude du raisonnement. À l'occasion Lacan dira que dans une analyse il ne s'agit pas ce comprendre ou tout au moins de comprendre trop vite. Chez certains l'analyse se résumerait à l'acquisition d'un savoir sur soi dont ils feraient un petit capital. Parfois aussi et c'est plus heureux, des patients sont très étonnés de constater qu'ils n'ont pas compris comment l'analyse a agi et que pourtant ils reconnaissent des effets sur leurs embrouilles et leurs souffrances. C'est ce que Lacan s'efforce de faire entendre en haut de la page 404 des Autres écrits le langage dans la psychanalyse produit des effets, mais on ne peut pas leur donner de contenu. Aucune signification ne pourra aller de soi. Il prend un exemple assez commun dans la philosophie de l'empirisme logique où on aime s'interroger sur la valeur d'un dire aussi simple que « Il fait jour». Si je dis «Il fait jour», est-ce qu'il fait vraiment jour dehors? Dans quelle condition ce dire est vrai ou n'est pas vrai ? Lacan ne pose pas la question en ces termes. Pour lui, on ne peut s'arrêter sur aucun contenu de signification. On peut bien entendre «Il fait jour», ça dépendra seulement du contexte. Cela dépend de la division du locuteur entre énoncé et énonciation. L'énoncé «Il fait jour» renvoie à l'énonciation, pas à l'énoncé qui s'appuierait sur des «faits» empiriques. Ce peut être, en effet au moment où on le profère, une vérité menteuse, d'où la difficulté et même l'impossibilité en s'appuyant seulement sur le sens et la chaîne des significations, d'établir une vérité qui soit une vérité absolue. Le référent manque toujours. Ça pose un certain nombre de problèmes cliniques pour la psychanalyse. Notamment une question qui a été posée à nouveaux frais lors d'un colloque organisé par l'UFORCA le 18 juin dernier, est celle du point de capiton. Lacan pensait un moment avoir trouvé avec son Nom-du-Père une réponse, au sens qui fuit, une sorte de bouclage universel. Mais bien vite et notamment dans sa proposition d'Octobre 1967 il envisage la fin d'une psychanalyse à partir d'un effet de désêtre parce que la chaîne signifiante n'apporte ni complétude ni consistance. Aucune signification définitive ne peut être obtenue. Lacan rappelle là sa doctrine exposée ailleurs pour expliquer à Georgin que le désir véhicule le manque.

    La théorie classique du signe est donc, pour revenir à Milner, une théorie de la représentation. Un signe, c'est quelque chose de perceptible à partir duquel on conclut à un imperceptible. C'est pourquoi il pose que «Le signe suppose le quelqu'un à qui il fait signe de quelque chose. C'est le quelqu'un dont l'ombre occultait l'entrée dans la linguistique. Appelez ce quelqu'un comme vous voudrez, ce sera toujours une sottise. »[26] II ne pense donc pas que le signe représente quelque chose pour quelqu'un. Il m'a fallu du temps pour le comprendre. C'est le quelqu'un qui précisément est mis en question. Il dit qu'il a été obligé de ne pas accepter cette définition du signe par la linguistique pour que quelque chose de la linguistique puisse entrer dans la psychanalyse, car aucun objet de la perception, dans la psychanalyse, ne peut être représenté. Il ne peut qu'être dit dans le signifiant proposé par Saussure puis Jakobson où un signifiant renvoie toujours à un autre signifiant et ceci à l'infini. Dans cette conception de Lacan à l'époque, on n'a que des représentants de la représentation, on n'a pas la représentation elle-même, des «Vorstellungsrepräsentanz» comme disait Freud.

    L'art de la psychanalyse structurale, c'est qu'elle fonctionne à partir du primat du Symbolique en vue de dissoudre l'imaginaire Aucun objet ne peut être représenté. Je voudrais citer un propos que je trouve intéressant de Marcus André Vieira dans le Scilicet rédigé à l'occasion du Congrès de l'AMP «Semblant et Symptômes»[27]. Il dit ceci p. 330: «Dans les chicanes infinies de la structure - que Lacan délimite sous les espèces de la métaphore et de la métonymie -, la signification est toujours présente, sans jamais épuiser pour autant le sens d'un objet. C'est dans ce sens dernier, ignoré du dictionnaire, que se loge notre sujet, lequel échappe à la structure, tout en y étant inclus en tant que trou d'où s'origine tout mouvement. Le sujet lacanien émerge donc de l'articulation signifiante : "un signifiant, c'est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant.»[28] Le sujet se loge donc dans le trou, l'objet a également. L'un, le sujet, réside entre deux signifiants, et c'est pourquoi dans les pages qui nous intéressent là, Lacan évoque Ulysse qui dit aussi se nommer personne. Le récit est célèbre, pour échapper au cyclope, après lui avoir crevé l'oeil, il répond à la question du monstre blessé : qui es-tu ? En disant : «personne». Mensonge vrai. Avec ce jeu du signifiant, on peut en effet avoir une idée du sujet barré, mais en même temps qui exige un corps qui parle pour s'absenter. En revanche, l'objet a, lui, que Lacan peut décrire comme condensateur de jouissance, a une présence qui peut avertir de quelque chose qui est la chair du sujet. Et c'est pourquoi, il est si difficile, cet objet a, en tant qu'il est jouissance qui échappe au sens à inscrire dans la chaîne signifiante. Dans le Séminaire D'un Autre à l'autre, Lacan a passé son temps à montrer comment l'objet a a un rapport étrange à la chaîne signifiante le figurant comme une vacuole. Depuis toujours dans l'enseignement de Lacan, il fallait que l'objet a soit à la fois plein et vide, ce qui nécessite une opération topologique assez complexe. C'est pourquoi, le signe, finalement, ne dit pas qu'il y a quelqu'un, contrairement à ce que Saussure pouvait faire entrevoir, mais le signe fait signe de la présence d'une jouissance. La fumée par exemple fait signe d'un fumeur sans doute, mais pour la psychanalyse, elle fait signe de la jouissance du fumeur. Le problème de la linguistique, en tant que science humaine séparée de la psychanalyse, c'est qu'elle ne peut pas prendre en compte l'objet a de la psychanalyse. Pour cette raison Lacan pouvait dire : « [...] un domaine ne se domine que de son opération. L'inconscient peut être comme je le disais la condition de la linguistique. Celle-ci, n'en a pas pour autant la moindre prise. Car elle laisse en blanc ce qui y fait effet, l'objet a dont à montrer qu'il est l'enjeu de l'acte analytique, j'ai pensé éclairer tout autre acte.»[29] Il explique donc à Georgin qui voudrait bien que se rejoignent la linguistique, la psychanalyse et l'ethnologie, que l'inconscient peut être la condition de la linguistique, mais que la linguistique ne peut être la condition de l'inconscient. Lacan continue : «Cette carence du linguiste, j'ai pu l'éprouver d'une contribution que je demandai au plus grand qui fût parmi les Français pour en illustrer le départ d'une revue de ma façon [...] »[30]. Il s'agit de la revue La psychanalyse que Lacan avait fondée avec Lagache en 53, lors de la première scission d'avec l'IPA, au moment où se fonde la Société française de psychanalyse. Il avait demandé à Benveniste de lui donner un article. Lacan considère déjà à ce moment-là que les psychanalystes qui l'ont rejoint à la SFP, Lagache en particulier, l'ont trahi. D'une part, en faisant entrer la psychanalyse à l'Université et d'autre part, surtout en la ramenant la psychanalyse dans les voies de la phénoménologie existentielle de Jaspers dont Lacan tentait de la sortir. La psychanalyse n'est pas humaniste justement. Ce qui a attiré Lacan vers le structuralisme, c'est que le structuralisme c'était, comme on disait à l'époque dans une expression raccourcie, presque un slogan : la mort de l'homme. Par d'autres voies d'ailleurs la psychanalyse lacanienne est restée fidèle à ce décentrement présentant le sujet non pas comme maitre du langage mais comme un être dont le programme de jouissance est déterminé par le choc du langage sur le corps. Lacan insiste : «La linguistique livre le matériel de l'analyse, voire l'appareil dont on y opère.»[31] Mais l'inconscient, il le répète, est peut-être la condition de la linguistique, celle-ci n'en a pas pour autant sur lui la moindre prise. Il cite à cet effet Benveniste. Il avait en effet écrit un article sur un linguiste qui avait en son temps intéressé Freud, jusqu'à lui faire écrire l'article sur les sens opposés des mots primitifs[32]. Je ne l'ai pas relu pour aujourd'hui, mais je sais qu'il s'agit de Karel Appel[33] et Benveniste a choisi de reprendre le thème du sens opposé des mots primitifs en linguistique. L'article a pour titre «Remarque sur la fonction du langage dans la découverte freudienne »[34]. En effet, il soulève un problème intéressant. L'inconscient tel que Freud le définit ne connaît ni la négation ni le temps. Et Freud imagine que les langues primitives fonctionnaient ainsi. Je vous en donne un exemple très simple mais il y en a beaucoup chez Benveniste : altus, en latin, veut dire haut, comme la tour Effel est alta, mais ça veut dire aussi bien profond, c'est-à-dire éloigné en profondeur ou en hauteur. Non seulement Lacan refuse le propos de Benveniste qui suppose que l'inconscient, par le biais de la rhétorique des figures de style aurait été structuré par un langage. Mais il rappelle encore, encore une fois, que l'inconscient n'a pas été structuré par le langage, mais que l'inconscient est structuré comme un langage.. Benveniste terminait son article en disant: «Ce qu'il y a d'intentionnel dans la motivation gouverne obscurément la façon dont l'inventeur d'un style façonne la matière commune et à sa manière s'y délivre, car ce qu'on appelle inconscient est responsable de la manière dont l'individu construit sa personne, de ce qu'il y affirme et de ce qu'il rejette ou ignore, ceci motivant cela.»[35] On comprend bien la thèse de Benveniste. C'est en utilisant le langage, en le manipulant de manière consciente et moque que le sujet construit sa personne et rejette ou ignore un certain nombre de choses. C'est cela qui en constitue son style. L'inconscient, en quelque sorte, c'est le style. Il parle de l'utilisation que chacun fait des figures de rhétoriques.

    C'est cette conclusion qu'il juge navrante qui fait dire à Lacan, p. 407, que l'effet de la psychanalyse «n'est pas de communication de la parole mais de déplacement du discours »[36].

    Maintenant, je voudrais aborder le paragraphe sur le corps mort et la jouissance. Lacan, là, modifie le concept de structure, son sens clinique habituel ¬en psychanalyse, on parle de structure psychotique, obsessionnelle, etc. - Lacan indique que la structure ne se déduit que des effets du langage sur le corps. Il veut réintroduire le corps. Il indique que ce sont des effets réels au sens où lui-même entend le réel, mais aussi des effets dans la réalité. C'est ce qui lui fait dire cette phrase importante : «La structure s'attrape [...] du point où le symbolique prend corps»[37]. Lacan n'a pas encore à sa disposition les concepts de lalangue et de parlêtre qui vont venir plus tardivement, mais au moins, il a l'idée que la structure s'attrape d'où le symbolique prend corps. Je vous propose de suivre l'indication d’Éric Laurent et de nous reporter à la leçon du 8 avril 1992 du cours de Jacques-Alain Miller «De la nature des semblants», où ce dernier dit que « par une généralisation superbe, Lacan peut écrire que c'est à partir de la mort - que nous avons vue présente dans l'effacement de l'objet, l'effacement de sa particularité - c'est à partir de la mort "que l'existence du sujet prend tout ce qu'elle a de sens"»[38].

    Ça c'est la doctrine de Lacan d'avant. Or, dans Radiophonie, «toute cette construction est comme évacuée, toute cette construction dialectique qui prend la mort dans le fonctionnement rétroactif du sens est comme évacuée, et il ne reste que le signifiant en tant qu'il s'incorpore et cadavérise le corps »[39]. On dit corpsifier le corps, le mot vient de l'anglais corpse et désigne le cadavre. « Et c'est là le corps lui-même en tant que cadavérisé qui apparaît comme le lieu de l'Autre. Ca n'est plus l'Autre bavard du discours concret, universel, c'est au contraire un Autre désertique, c'est l'Autre du désert où sont inscrits des hiéroglyphes. L'Autre bavard de la dialectique s'est tu, et sans doute le symbole apparaît ici comme meurtre de la chose, au sens où le signifiant négative la jouissance dans la chair, et par là même le corps, le corps comme cadavre s'en sépare. [...], ce qui là apparaît comme le produit de l'opération ce n'est pas le sens susceptible de se sublimer en vérité, c'est la jouissance qui est ainsi évoquée, enfin, la chair étant frappée du signifiant, le corps s'en sépare »[40] et c'est l'imagerie de Lacan que nous trouvons dans les pages de cette réponse à la deuxième question : « montent les nuées de la jouissance »[41], comme il s'exprime, dans une image qui clairement va le retenir dans les années 70 : «[...] montent les nuées, [...] eaux supérieures, de leur jouissance, aux chairs, lourdes de foudres à redistribuer corps et chair. [...] ce qui est le plus clair c'est ce qui manque ici dans cette description »[42]. Je vais m'arrêter là, mais ce que signale Miller dans ce passage, c'est que Lacan dans cette opération est indifférent au désir. « Ici de cette destruction signifiante, il ne marque pas l'éternisation du désir, au contraire, ce qui peut s'éterniser, c'est le corps mort qu'on entoure, qu'on habille de sa sépulture. »[43] L'idée c'est que le signifiant doit percuter le corps de chair, y faire une intrusion et que c'est comme une nuée de signifiants qui montent dans le ciel et qui vont retomber sur le corps et redistribuer autrement jouissance et signifiant, c'est-à-dire corps et chairs. Éric Laurent, nous fait saisir dans son dernier ouvrage, combien est étonnant ce que dit Lacan dans Radiophonie. Car il est question du corps réduit au cadavre, il ne reste que le squelette et ce qu'on voit tout autour ce sont les objets de jouissance. Dans les tombes de l'antiquité, on n'a pas mis autour du mort des choses qui auraient pu être utiles, on ne l'a entouré que d'objets inutiles, tout ce qui représentait la jouissance du défunt, des bijoux, des objets de pouvoir, les portraits des esclaves qu'il a eus.

    Avant l'époque «Radiophonie», il était question de la perte de la jouissance de l'objet maternel, au moment par exemple du sevrage comme c'est évoqué dans le Séminaire IV, le jeu du fort-da s'installait pour symboliser cette perte et en même temps, c'est un point important que Jacques-Alain Miller signale, c'est le jeu du fort-da qui devenait lui-même l'objet du sujet, un objet qui allait instituer le manque-à-être pour l'éternité. Ainsi s'installait la métonymie du désir et son infinie satisfaction. Dans le paradigme antérieur, on avait d'abord le corps qu'on prenait comme naturel, comme biologique, et puis, est-ce dû au traumatisme de la naissance ou celui du sevrage - ça a donné lieu à des controverses - la perte pouvait être symbolisée grâce au jeu de la paire signifiante, fort et da. Mais le désir était né et ce désir c'était le désir toujours d'autre chose. Dans la refondation de sa doctrine que Lacan livre à Georgin, pour Pâques comme il le dit, le corps jouissant n'est plus la donnée de départ, un corps qui vivrait une perte et la compenserait par une symbolisation, c'est au contraire l'action du signifiant sur le corps qui fait le corps, sinon il n'est qu'une boule de jouissance. Le signifiant devient désormais, non plus l'outil d'une symbolisation, mais un «incorporé». Il a une action directe sur le corps.

    Alors que dans la période classique de Lacan il considérait que l'Autre était là depuis toujours et que l'analysant pouvait puiser dans le trésor des signifiants un signifiant maître qui lui servirait à symboliser la perte de jouissance et à empêcher qu'une autre jouissance s'installe, ça n'est plus ce que Lacan met en avant dans Radiophonie. L'Autre, à partir de ce moment-là, est dévalorisé dans l'enseignement de Lacan. C'est directement qu'une parole prononcée - ce que Lacan plus tard appellera lalangue - va faire intrusion dans le corps de chair et créer un troumatisme à partir duquel tous les signifiants et tous les modes de jouissance vont être redistribués. Ceci aboutit à la formulation «l'Autre c'est le corps» qui vient à la place de «l'Autre c'est le logos».

    Cette considération pourrait donner l'idée de la raison qui fait dire à Miller beaucoup plus tard que la véritable interprétation en psychanalyse, c'est celle qui dérange la défense. Ce n'est pas l'interprétation qui fait un lien de sens avec des éléments du passé, c'est l'interprétation kalachnikov qui fait intrusion et qui a pour effet de changer complètement la distribution entre corps et chairs et de toucher par le signifiant un point de redistribution de jouissance directement dans le corps. Miller a usé de différentes façons pour en rendre compte. En particulier dans un article qui s'appelle «Le mot qui blesse», prononcé à Paris, en 2006, dans un congrès de la NLS. « Nous sommes réunis [dit-il] sous le chef de l'interprétation lacanienne, cela suppose que nous avons l'idée qu'elle est différente de l'interprétation freudienne. L'interprétation freudienne, c'est essentiellement une traduction. Freud l'a inventée [...]. Docile à l'hystérique, comme dit Lacan, Freud en est venu à lire les rêves, les lapsus, les mots d'esprit, comme on déchiffre un message chiffré.»[44] L'idée dominante est chez Freud que l'inconscient serait fait de pensées. «Il y a toute une part de la doctrine de l'interprétation chez Lacan qui consiste à formaliser le déchiffrage de ces messages chiffrés, sous le registre du discours de l'Autre. Auquel cas l'interprétation serait essentiellement une voie de retour du message sous une forme inversée. Faut-il, dans l'analyse, se dispenser de déchiffrer les messages chiffrés? Mon avis est que non, car c'est ce qui installe l'atmosphère interprétative sans laquelle, en fait, il n'y a pas d'expérience analytique.»[45]. Et en effet le déchiffrage est nécessaire pour qu'une analyse fonctionne pour que le transfert se maintienne. « Mais poursuit J.-A. Miller, l'interprétation lacanienne, pourtant, s'en distingue. Pour la raison suivante. C'est que Freud arrête son interprétation une fois qu'il découvre le sens sexuel de ce message chiffré inconscient. Ce qui est à proprement parler l'interprétation lacanienne, à mon avis, est celle qui va au-delà du sens sexuel, celle qui pointe, au-delà, vers l'inexistence du rapport sexuel.» L'interprétation, elle, est du type du mot qui vous a blessé quand vous étiez tout petit et qui vous a donné un corps parce que le signifiant a embrayé sur le corps. Il faut être attentif à cette indication parce que c'est, évidemment, un autre type d'interprétation. Elle permet par exemple de ne pas séparer ce qui se passe dans les phénomènes du spectre autistique et ce qui se passe dans les cas de névroses ou de perversion. Très tôt, et sans doute le sujet ne retrouvera jamais ce qui a frappé son corps à ce moment-là, quelque chose de l'orientation de jouissance, de la façon dont la jouissance s'inscrit dans un corps, aura été marqué et à sa fin le processus de l'analyse permettra de le retrouver sous forme d'un gain de savoir mais qui ne donnera pas la vérité toute, la vérité absolue, mais permettra seulement un abord de l'inconscient comme réel.

    Un autre point que Lacan soulève mérite qu'on y réfléchisse car il ne va pas non plus de soi ; Que veut dire que le signifiant «tombe au signe»? Lacan ne considère pas que ce soit une bonne chose. Je l'entends comme désignant ce qu'il advient quand le psychanalyste confond le mot et la chose, quand il se laisse aller à penser que le signe désigne quelqu'un alors que le signe désigne la présence de l'objet a il considère que c'est possible si les psychanalystes ne tiennent pas leur place en maintenant au plus vif la division du sujet. Ils n'auraient pas tenu leur place en mettant, par exemple, une chose à la place de a. C'est par exemple ce qui advient dans le courant de la relation d'objet que la critique de Lacan a toujours si violemment pris pour cible. Cela survient quand l'analyste omet de se souvenir que l'objet est vide, qu'il est indifférent, qu'il est un semblant.

    Les lathouses dont Lacan parle dans le séminaire XVII, ces objets qui constituent le surmoi moderne et qui poussent à la jouissance sont -du moins je le crois- des «signifiants tombés au signe». La tâche du psychanalyste n'est pas d'entériner ces jouissances ni de les interdire mais c'est de maintenir le fait que la jouissance contenue dans ces objets ne peut pas être une jouissance pleine et satisfaisante, qu'elle est toujours en excès. Il s'agit pour l'analyste de maintenir une division du sujet qui fasse que l'objet ne soit pas considéré automatiquement par l'analysant comme un objet d'une jouissance permise, mais aussi de faire en sorte de ne pas jouer sur l'interdit que la jouissance déjoue toujours.

    Gil Caroz : Je te remercie Pierre-Gilles, tu nous a donné quelques clés pour lire ce moment carrefour, cette façon dont Lacan fait usage de la linguistique tout en la mettant de côté, cette différence que tu amènes entre le mot comme meurtre de la chose du début de son enseignement et le mot qui blesse et qui laisse une trace dans le corps, du dernier Lacan.

    Valérie Loiseau : J'ai été frappée en lisant ces questions I et II de «Radiophonie» de voir combien Lacan, bien qu'il tourne le dos aux structuralistes, utilise encore beaucoup le terme de structure. Par exemple cette phrase que vous avez citée de la deuxième question : «La structure s'attrape du point où le symbolique prend corps». Un peu plus loin, il dit : «Ai-je assez animé la structure». Il y a plusieurs passages où Lacan utilise le mot de structure. Par ailleurs, dans son cours Illuminations profanes[46], de 2006, Miller insiste beaucoup sur la collusion entre clinique et structure. Il parle de clinique structurale. Il dit par exemple : « l'analyse est [...] une situation qui ne prend son appui que de la structure et [...] la structure commande.»[47] II dit aussi : « [Lacan] fait de la répétition la forme même, signifiante, la structure imposée au discours dans l'expérience psychanalytique »[48]. Et enfin toujours dans le même cours de Miller : «Là je donne beaucoup de valeur à une incise que fait Lacan : une structure indéfiniment répétée qui est l'objet cl»[49].

    Comment comprendre que Jacques-Alain Miller insiste tant sur ce mot de structure dans Illuminations profanes qui porte sur le Séminaire XVI de Lacan D'un Autre à l'autre et sur le Séminaire XVII L'envers de la psychanalyse qui sont contemporains de «Radiophonie» alors que «Radiophonie» signe l'adieu au structuralisme? En d'autres mots, une fois que Lacan rompt avec les structuralistes, que reste-t-il de la structure? Peut-on dire que l'objet a est une réponse à cela ?

    P-G. Guéguen : Je crois en effet que Lacan rompt avec le structuralisme. Quand il dit «je me suis servi de la linguisterie (qui est l'appareil de Jakobson essentiellement et de Saussure), mais je m'en suis servi à ma manière ». Mais au structuralisme qui édicte une loi universelle d'échange des femmes dans des sociétés diverses ou à cet autre thème de recherche de Lévi-Strauss qui tente de démontrer que des mythes universels et très divers ont tous la même structure que l'Œdipe, Lacan dit non. La structure telle qu'elle est redéfinie ici, et c'est de cela que Jacques-Alain Miller parle, ce sont les effets du signifiant sur le corps ou les effets de discours dans le monde que nous habitons. La structure ne désigne plus la nosographie psychiatrique de névrose, psychose et perversion. Et si Lacan peut affirmer qu'il n'a jamais été structuraliste c'est parce que la structure au sens d'une loi à valeur universelle, il ne l'a jamais véritablement admise (sauf peut-être dans son moment hégélien). Il a toujours en revanche été sensible aux effets du signifiant sur le corps. Et c'est pourquoi il a introduit son objet a. qui a en quelque sorte toujours fait objection à la loi structurale. De même dans Illuminations profanes, Miller évoque la métaphore du littoral à laquelle Lacan se rapporte plusieurs fois et notamment dans Lituraterre[50] Dans la nouvelle façon dont Lacan structure l'efficace de la psychanalyse, il y a une référence très puissante au rivage ou plus précisément au littoral où, comme la mer et le sable, la jouissance et le signifiant se recouvrent, se rejoignent, se découvrent, fonctionnent ensemble sans pour autant se confondre. C'est là que Lacan situe ce concept si étrange de la lettre. La structure ça touche à l'efficace de la psychanalyse, à la façon dont la psychanalyse opère.

    V. Loiseau : Il dit «ce qui fait l'enjeu de la psychanalyse, c'est l'objet a ».

    Pierre Jacob : Dans sa réponse à la deuxième question posée par Georgin, Lacan n'envisage plus le symbolique comme quelque chose d'extérieur, d'indépendant par rapport au corps et à la jouissance. À plusieurs reprises, p.408 et 409, il parle du symbolique qui prend corps, du corps du symbolique, d'incorporation du symbolique. Il fait dépendre de cette opération d'incorporation du symbolique qu'un sujet ait un corps ou pas: « [...] rien que lui n'isole le corps à prendre au sens naïf, soit celui dont l'être qui s'en soutient ne sait pas que c'est le langage qui le lui décerne, au point qu'il n'y serait pas, faute d'en pouvoir parler. Le premier corps fait le second de s'y incorporer.»[51]

    Pourriez-vous dire quelques mots sur l'incorporation du symbolique et sur sa conséquence de décerner un corps à l'être parlant?

    R-G. Guéguen : Je peux m'y essayer : Miller y répond assez bien dans cette conférence «Le mot qui blesse»[52] prononcée lors d'un congrès de la NLS. L'incorporation du symbolique, ce n'a plus du tout le sens de construire un savoir sur sa jouissance par l'élaboration, jour après jour, qui se fait dans l'expérience analytique. Cette reconstruction du cours de l'analyse fait référence à des traumatismes originaires que lalangue a infligés sur le corps du parlêtre. Les marques que ça a laissées dans la chair nous ont donné ce que nous appelons un corps. On peut voir chez les sujets autistes ou schizophrènes, dans les psychoses infantiles, qu'ils sont parfois restés très longtemps, parfois pour toujours, en panne quant à pourvoir intégrer qu'ils ont un corps. Il y faut comme Lacan le notait à l'occasion « le soutien d'un discours établi».

    G. Caroz : Tu as tiré de toute cette lecture une conséquence sur la direction de la cure avec «le mot qui blesse». Ça n'est pas une interprétation qui permet d'élaborer un savoir mais c'est un mot qui fait résonner ce moment traumatique. En même temps, je me suis demandé si tu ne proposais pas une autre forme d'interprétation qui en serait la conséquence et qui est ce que tu as désigné à la fin de ton exposé. Tu disais que le signifiant concerne la division du sujet et le signe concerne l'objet a. Je me suis dit qu'il y avait là une autre zone de l'interprétation qui serait de l'ordre de la nomination de la jouissance, du côté du signe.

    P-G. Guéguen : Je ne suis pas sûr que Lacan l'ait défini aussi clairement. Il me semble pourtant que c'est vers cela que Miller nous a conduits avec des termes comme le dérangement de la défense. Je trouve que les AE témoignent assez bien de cela. Ce n'est pas seulement la conduite de la cure, l'élaboration d'un savoir sur le fantasme fondamental, aussi important que cela puisse être. Une question insiste à mon sens : Est-ce que, oui ou non, il y a traversée du fantasme? Y a-t-il un effet de la fracture du fantasme? Comment cette fracture peut-elle s'obtenir? Si vraiment on arrive à déranger la défense, je pense qu'à ce moment-là on doit toucher quelque chose du fantasme. Et donc on a ce mouvement décrit poétiquement par Lacan dans Radiophonie puis autrement dans Lituraterre de montée des nuées des eaux profondes qui retombent sur le corps et qui répartissent différemment la défense du sujet. Le signe ou la lettre?

    G. Caroz : Au débat sur la passe qui a eu lieu au congrès de l'AMP, il y avait l'idée que le fantasme pourrait être supprimé. Marie-Hélène Brousse disait «supprimé, pas possible, car à ce moment-là, on ne peut plus avoir de relations sexuelles».

    P-G. Guéguen : Oui, mais je me souviens qu’Éric Laurent avait discuté ce point. Jusqu'à quel point une analyse peut-elle modifier le fantasme ? Est-ce que le fantasme se reconstitue ? etc. Pour ma part je pense qu'une analyse menée à son terme modifie le fantasme ou tout du moins son usage. Je ne peux imaginer que le fantasme disparaisse complètement. D'ailleurs ne faut-il pas tout le parcours de l'analyse pour qu'il cesse d'être inconscient. Je pense pour ma part qu'il devient plus ou moins supportable. Qu'on apprend à «savoir y faire avec» pour reprendre l'expression consacrée. En tout cas, quand Lacan a pensé la fin de l'analyse il l'a décrite comme une expérience de désarroi liée à la déflagration du fantasme. Le sujet se retrouve, en effet, barré, vide, il disparaît devant l'objet qui lui-même n'a plus de consistance possible. Ce n'est que rétrospectivement que l'on peut dire c'est l'objet regard, c'est l'objet anal... Il y a un franchissement, une modification. Disparition c'est peut-être trop dire. L'idée c'est qu'il y a une telle efficace de la psychanalyse que ça modifie quelque chose.

    G. Caroz : À mon avis, vous pouvez vous mettre d'accord. Il y a un noyau qui reste, c'est cela qu'elle essayait de dire, je pense.

    V. Loiseau : À vous écouter aujourd'hui, j'ai repensé à cette question de « pas de fumée sans feu » et justement, il dit : «Que ça nous aide à mettre le : pas de fumée sans feu, au même pas que le : pas de prière sans Dieu [...] »[53] Et vous avez donc dit que le signe ne dit pas qu'il y a quelqu'un, le signe dit quelque chose de la présence d'une jouissance. Autant pas de fumée sans feu est ambivalent pour nous parce qu'on pense quand même à celui qui fait le feu, autant le « pas de prière sans Dieu» éclaire ce qu'il en est de la jouissance. On peut le comprendre comme cela ?

    P-G. Guéguen : Vous dites cela très bien.

    Pierre Jacob : Vous avez parlé de l'incorporation d'un signifiant qui donne un corps. Vous disiez que certains autistes ou psychotiques pouvaient pendant plusieurs années ne pas avoir de corps. Comment expliquez-vous cela ? Est-ce parce qu'il n'y a pas eu incorporation du symbolique, que le signifiant n'arrive pas à s'écrire?

    P-G. Guéguen : E. Laurent avait répondu à une question semblable quand il est venu à Bruxelles en disant que l'homme peut avoir accès à la parole sans pour autant avoir accès au langage. Certains autistes peuvent avoir accès à la parole et même peuvent avoir accès au langage mais est-ce que ça veut dire toutes les fonctions du langage. Je pense à la fonction qui introduit précisément le manque et l'objet a. Il me semble que c'est le pari erroné des méthodes ABBA. Pour ces gens, certes habiles à vendre leur propos, il suffirait d'un apprentissage instrumental de la langue. Nous, sommes bien entendu heureux quand un enfant y a accès par exemple par l'usage de l'ordinateur mais on essaie d'obtenir que le sujet ne soit pas seulement capable de maitriser un instrument langagier mais puisse, au-delà de ça, se reconnaître comme sujet et obtenir ainsi une réduction de ses angoisses. C'est pour cela que nous parions, sur les inventions singulières, certes stimulées par l'entourage, plutôt que sur la dimension de ce qui vaut pour tous.

    G. Caroz : Tu disais au début que Lacan, à Baltimore, s'est opposé à l'idée que le langage s'apprend. Soit il s'est incorporé, soit pas.

    P-G. Guéguen : Ce qu'on essaie d'obtenir c'est cette incorporation.

    G. Caroz : Qui est autre chose que d'enseigner la langue, ce qui a d'ailleurs été l'objet de cette résolution qui a été rejetée la semaine passée. On s'imagine et on fait croire qu'on envoie les enfants chez le psychanalyste au lieu de l'envoyer à l'école pour apprendre la langue. Il y a sur notre pratique des méconnaissances voulues ou pas, que nous devons combattre.

    Alfredo Zenoni : Ma difficulté est d'articuler le statut du corps développé dans « Radiophonie» et des formulations plus tardives, comme dans le paradigme 6 où l'accent est mis sur l'auto-érotisme du corps où il faut un corps pour jouir alors qu'ici on a un corps qui se corpsifie et la jouissance est plutôt le fait de cette séparation de la chair et du corps. Est-ce que c'est le même corps avec des formulations qui changent ou plutôt un accent qui se déplace?

    P-G. Guéguen : Ce qui revient et qui reste, c'est le statut de l'Un, et la question du yad'Iun. Je crois que ce vers quoi Lacan se dirige à l'époque « Radiophonie», c'est l'idée que le signifiant s'incorpore dans le corps, mais que la jouissance pour autant ne se partage pas. Précisément le signifiant s'incorpore, donc il façonne la jouissance du corps, mais ce qui caractérise le signifiant, c'est qu'il y a un manque, un trou. Le corps pourra se jouir différemment pour chacun en fonction de l'impact du signifiant et de la langue, mais cela restera autistique dans la mesure où cela ne se partagera pas avec le partenaire sexuel sauf à l'imaginer ce qui est une des faces de l'amour. C'est une question complexe, j'ai un peu de mal à y répondre, mais il me semble qu'on peut faire aller ensemble les deux points de vue : que le corps ait une jouissance qui, contrairement à ce qu'on croit dans le fantasme, ne se partage pas parce qu'il n'y a pas de rapport sexuel et que la jouissance du corps soit organisée par l'intrusion du signifiant.

    A. Zenoni : C'est à la fois le signifiant comme celui qui fait le corps et d'autre part, à partir du Séminaire XVII, le signifiant comme cause de jouissance. Ce sont deux aspects qui renvoient chacun au signifiant, le signifiant comme s'incorporant et le signifiant comme cause de la répétition par exemple.

    P-G. Guéguen : Oui, c'est pour cela que dans ces moments-là de l'enseignement de Lacan, les trous reviennent, le trauma, tout ce qui fait référence à ce qu'on connaît bien du trauma et notamment le fait que le trauma entraîne la répétition post traumatique. J'imagine que si on revient dans ces moments-là à l'usage de ces termes freudiens, le traumatisme de la naissance et du sevrage, si on revient à ces élucubrations de savoirs qui ont été des classiques de la psychanalyse qui ont guidé aussi les pas de Lacan notamment dans le séminaire de la relation d'objet, on retrouve quelque chose de cela. Le signifiant, en entrant dans le corps produit des effets de jouissance qui ne sont pas toujours de plaisir. La jouissance peut être aussi mortifère. C'est les deux.

    G. Caroz : Arrêtons-nous sur ce point. Je pense que dans ces moments un peu tristes que nous vivons actuellement en Belgique, c'est très rafraîchissant d'entendre la façon dont tu parles des effets de la parole, des effets spectaculaires que la psychanalyse peut avoir alors que les autorités sanitaires refusent d'en savoir quoi que soit.

     

     

    Article paru dans QUARTO n°115/116

    [1] Lors de sa venue à l'ACF à Bruxelles, le 15 octobre 2016, Eric

    Laurent a donné une conférence d'introduction sur la place du texte "Radiophonie" dans l'enseignement de Lacan. Valérie Loiseau et Pierre Jacobs de l'APA Bruxelles.

    [2] Lacan J., « La science et la vérité», Écrits, Paris, Seuil, 1966, pp 855-877.

    [3] Lacan J., «De la structure comme immixtion d'une altérité préalable à un sujet quelconque», La Cause du désir, n°93, novembre 2016, p.7.

    [4] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., p 403.

    [5] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., p 407.

    [6] Le Cercle de Prague se compose d'émigrés russes comme Roman Jakobson, Nicola.'" Troubetzkoy, et Sergéi Karcevski, et d'érudits tchèques comme René Wellek et Jan Mukarovs VI. Formalistes, ces intellectuels ont inventé un paradigme de recherches sur le langage qui se fondait sur l'ambition d'en constituer une science. On peut considérer avec J.-CI. Milner que le mouvement a pris fin en 1968.

    [7] Miller J.-A., «Les six paradigmes de la jouissance», La Cause freudienne, n°43, Paris, 1999, pp 7-29. Ce texte est extrait des leçons du 24 et 31 mars et du 7 avril 1999 de son cours «Biologie lacanienne et événement de corps» [1998-1999], L'Orientation lacanienne, enseignement prononcé dans le cadre du Département de psychanalyse de Paris VIII.

    [8] Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D'un Autre à l'autre, Paris, Seuil, 2006.

    [9] Lacan J., Le Séminaire, livre Mill, L'envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991.

    [10] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fonda­mentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973.

    [11] Lacan J., «Subversion du sujet et dialectique du désir dans l'inconscient freudien », Écrits, Paris, Seuil, 1966, pp. 793-827.

    [12] Lacan J., Le Séminaire, livre IV, La relation d'objet, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1994.

    [13] Lacan J., « La science et la vérité», Écrits, Paris, Seuil, 1966, pp. 855-877.

    [14] Miller, J.-A. La nature des semblants, Cours prononcé à l'Université de Paris 8 inédit.

    [15] Lacan J., « Le Séminaire, livre XIX... ou pire», Paris, Seuil, 2011.

    [16] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975.

    [17] Lacan, J. Le Séminaire, livre X\/II, L'envers de la psychanalyse, Paris Seuil, p. 19

    [18] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., p. 413.

    [19] Lacan J., « L'instance de la lettre dans l'inconscient ou la raison depuis Freud», Écrits, Paris, Seuil, 1966, pp. 493-528.

    [20] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., pp 403-404.

    [21] Id. pp 403-404.

    [22] Id., p. 404.

    [23] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975.

    [24] 24 Milner J. C., Le périple structural, Paris, Seuil, 2002, p. 25

    [25] Id., p. 35

    [26] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., p. 404.

    [27] Semblants et Sinthome, Vile Congrès de l'Association Mondiale de Psychanalyse, Paris, avril 2010.

    [28] Vieira M. A., "signe et signifiant", Scilicet, Semblants et sinthome, ECF, Paris 2009, p. 330.

    [29] Lacan J., "Radiophonie", op. cit., p. 410

    [30] Id.

    [31] Id.

    [32] Freud S., «Des sens opposés dans les mots primitifs». Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, 1933. Réimpression, 1971. Collection Idées, nrf, no 243, p. 59 à 67.

    [33] Karel Appel, 1921- 2006 est un peintre et sculpteur néerlandais, cofondateur du groupe CoBrA. Wikipédia.

    [34] Benveniste E., «Remarque sur la fonction du langage dans la découverte freudienne», PUF, 1956, p. 14.

    [35] Id.

    [36] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., p. 407.

    [37] Id., p. 408.

    [38] Miller J.-A., « De la nature des semblants» [1991-1992], enseignement prononcé dans le cadre du Département de psychanalyse de Paris VIII, inédit, p.212. Miller reprend une phrase des Écrits p. 320.

    [39] Id., p. 212-213.

    [40] Id., p. 213.

    [41] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., p. 409.

    [42]Miller J.-A., «De la nature des semblants», op. cit., p. 213.

    [43] Id.

    [44] Miller J.-A., "Le mot qui blesse", Cause freudienne n°72, 2009, pp. 135.

    [45] Id.

    [46] Miller J.-A., «L'Orientation lacanienne, Illuminations profanes» [2005-2006], enseignement prononcé dans le cadre du Département de psychanalyse de Paris VIII, inédit.

    [47] Id., leçon du 10 mai 2006, inédit.

    [48] id

    [49] Id., leçon du 24 mai 2006, inédit.

    [50] J.-A. Miller, Illuminations profanes, Cours prononcé à l'université de Paris 8, leçon du 10/05/2006, inédit

    [51] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., p. 409.

    [52] Miller J.-A., «Le mot qui blesse», La Cause Freudienne n° 72, p. 133.

    [53] Lacan J., «Radiophonie», op. cit., p. 415.